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  • David Mourey
  • Professeur d'Economie et de Sociologie

Depuis 2005, Organisation et Animation :
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Colloques d'Economie, Monnaie, Finance ...
au SENAT, Banque de France, ..., Pontault-Combault
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Des Initiatives de David MOUREY

27 avril 2008 7 27 /04 /avril /2008 10:45


La crise financière qui s'est propagée à l'ensemble des places financières du monde entier, à partir du choc initial de la crise du crédit subprime aux Etats-Unis, nous conduit à nous interroger et à rechercher de nombreuses et nouvelles explications qui n'ont probablement pas encore été proposées. Nous pouvons par exemple nous poser la question suivante : « Mieux comprendre la finance peut-il permettre d'éviter les crises financières ? »

Plus précisément, une meilleure compréhension des mécanismes financiers, par les agents économiques auteurs des multiples opérations financières réalisées quotidiennement, serait-elle favorable à une réduction des « chances » d'occurrence des crises financières ?

 

Une éducation financière précoce est-elle indispensable ?


A cette question, le président de la Réserve Fédérale, la banque centrale des Etas-Unis, apporte une réponse sans ambigüité : « la crise du subprime illustre l'importance d'une éducation financière précoce ». Pour Ben Bernanke, une meilleure connaissance du fonctionnement des mécanismes financiers serait propice à la prise de décisions plus équilibrées au regard du couple rendement/risque. « Les problèmes issus du marché des prêts hypothécaires à risque nous rappellent combien il est crucial que les individus acquièrent des connaissances financières à un jeune âge pour être mieux préparés à prendre des décisions et naviguer sur un marché financier de plus en plus complexe ».

Mais accéder à l'information n'est-il pas un préalable à son traitement ? Certes, sur des marchés financiers de plus en plus complexes, il convient de disposer d'un bagage de connaissances suffisant pour collecter et traiter l'information convenablement afin de prendre la « bonne décision ». Mais il convient préalablement de pouvoir disposer de celle-ci. Ensuite, seulement, on peut se poser la question de la capacité à traiter rationnellement cette information. Or, l'asymétrie en termes d'accès à l'information est une constante sur les marchés financiers. Tous les acteurs n'ont pas un égal accès à l'information disponible. L'asymétrie dans la capacité  de traitement de cette information sera cumulative à la première forme d'asymétrie. Ici, il convient de savoir avant de savoir faire.


De surcroit, ce qui peut être considéré comme un choix efficace pour les uns, ne le sera probablement pas pour d'autres. Rationalité individuelle et rationalité collective ne convergent pas automatiquement. Les acteurs agissent dans un système. D'une part, ils sont interdépendants des décisions prises par les autres acteurs mais d'autre part, ils dépendent des mouvements du système considéré dans sa globalité. Le jeu, sur les marchés financiers, ne peut être toujours et partout gagnant-gagnant, « Win-Win ». Il peut aussi être gagnant-perdant, « Win-loose ». Ce que gagnent les uns, les autres le perdent. Enfin il peut devenir, en situation de crise,  perdant-perdant, « Loose-loose ».

On peut encore ajouter que les comportements, les choix, les décisions, sur les marchés financiers, ne sont pas seulement dictés par la rationalité des agents en matière d'analyse de l'information disponible. Ils sont aussi guidés par les pulsions, les émotions, les « esprits animaux » -« animal spirits » selon John Maynard Keynes. Autrement dit, quand les vagues de pessimisme succèdent aux vagues d'optimisme, les comportements changent et parfois, ce qui devient rationnel, c'est de suivre le sens du mouvement collectif et peu importe le contenu effectif de l'information économique stricto sensu. Les comportements moutonniers, panurgiens, sont en certaines situations les plus rationnels.

 

L'individu et le système

Du niveau microéconomique au niveau macroéconomique

 

On le comprend, la compréhension des processus de décision et des mécanismes financiers est un problème hautement complexe à résoudre. Les décisions des acteurs, considérés isolément, s'inscrivent dans un cadre systémique qui rend le poids de la décision de chacun dans l'ensemble relativement faible. On en déduit que la somme des « meilleures compréhensions individuelles » et la somme des décisions individuelles induite ne garantit pas ipso facto  que la « décision collective » qui va en résulter sera globalement efficace. Il y a loin de la coupe aux lèvres. Les économistes savent depuis longtemps que le passage du niveau microéconomique au niveau macroéconomique ne se fait pas sans difficultés, voire sans heurts. C'est tout le débat, « bridge or no bridge » entre les niveaux microéconomiques et macroéconomiques.


Ils savent également que dans une économie de marché, et sur les marchés financiers notamment, la coordination des millions (milliards) de décisions individuelles exige pour être efficace un encadrement étroit par de nombreuses institutions. La main visible de l'Etat, et des institutions hors marché, doit venir accompagner la main invisible du marché pour que la somme des intérêts individuels puisse converger vers l'intérêt collectif.


On peut ajouter que l'incertitude inhérente à la finance, qui consiste à établir des ponts, à partir d'arbitrages, entre le présent et le futur, implique un pari sur l'avenir. En situation d'incertitude au sens de Frank Knight (connu pour la distinction entre risque et incertitude qu'il propose en 1921 dans « Risk, Uncertainty and Profit »), une part du « risque » n'est pas probabilisable, calculable. Selon Knight, le risque désigne une situation dans la quelle les états possibles de l'avenir sont connues et probabilisables, calculables. En revanche, l'incertitude désigne une situation où l'on ignore tout, on ne sait pas tout simplement. Donc on ne peut rien calculer. Knight distingue donc des situations risquées (où la distribution de probabilité des cas possibles n'est pas connue) des situations incertaines (où les cas possibles ne sont même pas connus). Une incertitude au sens de Knight désigne donc une situation dans laquelle, non seulement l'avenir n'est pas connu, mais il ne peut pas l'être.

L'incomplétude de l'information, c'est-à-dire le fait que l'information sur l'avenir est plus que fragile, ne fait que renforcer les nuances avancées précédemment. Dans ces conditions le niveau d'éducation financière voit ses effets limités.  Nous ne pouvons raisonnablement espérer de miracles quant aux incidences d'une meilleure éducation financière du public. Mais il y à faire, néanmoins !

Faut-il, donc, renoncer à une amélioration de l'éducation financière du public ? Probablement pas ! Il semble indispensable de combiner de manière harmonieuse la responsabilité individuelle à la responsabilité collective compte tenu des contraintes évoquées ci-dessus.


Ainsi, malgré les réserves, les nuances, apportées à la thèse
selon laquelle il suffirait d'améliorer la connaissance des individus en matière financière pour que les marchés financiers et l'économie se portent mieux, il convient absolument de favoriser le développement de la culture économique et financière du public. C'est pour cette raison, qu'il existe depuis quelques mois en France, un Institut pour l'éducation financière du public : IEFP, comme il existe déjà un Codice ou Conseil pour le développement de la culture économique, et que se met en place un Idies,  Institut pour l'information économique et sociale du public.


Pour prendre la mesure de l'importance du développement de la culture financière du public, nous partirons de l'exemple de la crise financière, et réelle, actuelle.

Sans prétendre à l'exhaustivité, nous tenterons de mettre en évidence certains mécanismes clés que chaque citoyen devrait nécessairement comprendre de la crise financière en cours pour que puisse être réduites, in fine, les chances d'émergence d'une nouvelle crise de ce type dans l'avenir.

 

Comprendre la crise financière présente

pour prévenir une éventuelle crise financière future

 

Cinq points seront successivement développés dans plusieurs billets à suivre:

 

1 - Comprendre le rôle du « crédit facile » dans le boom du prix des actifs.

2 - Comprendre les impacts de la titrisation : incertitude, liquidité des marchés et mécanismes de transmission.

3 - Comprendre les dangers de la « Finance de PONZI ».

4 - Comprendre que toute crise financière est une crise réelle.

5 - Comprendre la nécessité de combattre les maux présents sans créer les conditions de leur retour futur.

 

A consulter :

 

Microéconomie ou macroéconomie ?

 

« Croissance smithienne » et « Croissance schumpétérienne »

 

Rationalité et Altruisme

 .  

Published by David MOUREY - dans Crises Financières
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