Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

  • David Mourey
  • Professeur d'Economie et de Sociologie

Depuis 2005, Organisation et Animation :
Conférences Pédagogiques
Débats Publics
Colloques d'Economie, Monnaie, Finance ...
au SENAT, Banque de France, ..., Pontault-Combault
  • Professeur d'Economie et de Sociologie Depuis 2005, Organisation et Animation : Conférences Pédagogiques Débats Publics Colloques d'Economie, Monnaie, Finance ... au SENAT, Banque de France, ..., Pontault-Combault

Depuis 2005 !!!

Les « Rencontres économiques » pour tous, lycéens, étudiants, citoyens !

A Pontault-Combault (77340) aussi !!!

Des Initiatives de David MOUREY

Rechercher

Le Livre de la Semaine

OCDE Statistiques OECD Factbook 2011-2012 « Analyse économique et historique des sociétés contemp

Texte Libre

Depuis 2005 !!!

Les « Rencontres économiques » pour tous, lycéens, étudiants, citoyens !

A Pontault-Combault (77340) aussi !!!

Des Initiatives de David MOUREY

26 février 2007 1 26 /02 /février /2007 16:32
Conférence du mercredi 20 avril 2005
 
Jean-Paul FITOUSSI
Professeur à l’IEP de Paris, Président de l’OFCE
 
Intégration régionale et Mondialisation
 ______________________________________________________________________________________________
 
Question
 
Dans quelle mesure le processus d’intégration économique régionale européenne accompagne-t-il le processus de mondialisation économique ? Les deux logiques sont-elles complémentaires ?
_______________________________________________________________________________________________
 
Réponse de Jean-Paul FITOUSSI
 
C’est la question la plus fréquemment débattue, de façon un peu douteuse car les arguments utilisés sont contradictoires par rapport aux réalités qu’implique la construction européenne. Les gouvernements européens nous ont promis et ils le promettent toujours, que la construction européenne serait un rempart qui nous protégerait de la mondialisation et serait de surcroît un moyen d’acquérir de la puissance et de devenir aussi puissant que les Etats-Unis pour ne pas laisser le monopole de la puissance à ce pays. C’est la promesse de l’Europe.
 
Parler de rempart contre la mondialisation impliquerait que la mondialisation serait un phénomène défavorable dont il conviendrait de se protéger. Mais, si la mondialisation était un phénomène défavorable, pourquoi nos gouvernements auraient-ils décidé d’ouvrir nos frontières ? Souhaitent-ils systématiquement perdre les élections ? Pourquoi ce désir de protection alors que la mondialisation est ouverture dans les dimensions économiques, sociales, politiques, culturelles et philosophiques.
 
Quelle est l’alternative à la mondialisation ? La fermeture ? Mais la fermeture comporte des inconvénients majeurs. Elle nous prive de l’enrichissement à la fois économique et culturel, de la diversité des biens matériels et immatériels que promet la mondialisation.
 
Le problème provient de la diffusion des éléments d’un discours rhétorique plutôt que les éléments d’un discours réel. Il faut distinguer la mondialisation en tant que phénomène de la rhétorique de la mondialisation.
 
La mondialisation en tant que phénomène progressif, en tant que progrès de l’humanité, nous porte à améliorer nos niveaux de vie, nos moyens intellectuels, à augmenter nos capacités de savoir. La savoir, en tant que bien public, quand il augmente, permet d’améliorer le bien être des populations même s’il n’améliore pas leur niveau de vie.
 
Le phénomène de la mondialisation tel qu’on l’a observé dans l’histoire s’est toujours accompagné d’un surcroît de solidarité dans les sociétés qui s’ouvraient. Cela est vrai de l’Europe et du Monde depuis la fin de la 2ème GM.
 
Il y a deux aspects dans le processus de mondialisation :
 
- une phase d’internationalisation entre les pays riches, c’est-à-dire que l’ouverture des frontières et la croissance des échanges entre ces pays ont coïncidé partout avec la montée des systèmes de protection sociale et avec les performances les plus élevées de l’histoire européenne et de l’histoire des pays de l’OCDE.
 
- on constate que les pays les plus mondialisés sont les pays où les protections sont les plus élevées. Cela paraît contradictoire mais ce sont les données de l’OCDE et du FMI.
 
En règle générale, les pays qui sont les plus ouverts, sont ceux dont la production est essentiellement une affaire d’échanges internationaux comme l’Irlande et la Corée du sud avec environ 75% du PIB. Ces pays, les plus ouverts, ont les dépenses publiques et les dépenses sociales les plus élevées.
 
Cela ne coïncide pas du tout avec ce que l’on nous raconte. On nous raconte que si les pays veulent devenir plus compétitifs, il suffit qu’ils réduisent les systèmes de protection sociale car la protection sociale augmente le coût du travail et rend les pays moins compétitifs par rapport aux autres. Dans cette espèce de champ de course qu’est devenu le monde, où seul le meilleur en terme de coûts peut gagner, et le meilleur est celui qui coûte le moins cher, il suffit de réduire le niveau de protection sociale.
 
Le discours rhétorique de la mondialisation est de nous faire croire que les pays riches sont désavantagés dans la mondialisation tout simplement parce qu’ils sont riches. Evidemment s’ils sont riches, les salaires sont plus élevés, les niveaux de protection sont plus élevés et donc ils vont perdre des marchés par rapport aux pays pauvres c’est-à-dire la plupart des pays émergents de la planète dont les dix nouveaux pays le l’UE.
 
On a donc d’un coté une rhétorique et de l’autre des faits. Pourquoi cette rhétorique contradictoire par rapport aux fait ? Et pourquoi ces faits que personne ne veut comprendre ?
 
La raison évidente est que cette rhétorique sert l’objectif selon lequel seule la croissance des inégalités à l’intérieur des pays et entre les pays permet d’augmenter la dynamique de l’économie. Effectivement, en réduisant les systèmes de protection sociale, on augmente les inégalités.
 
Par exemple, il existe un moyen très simple de réduire les statistiques du chômage à zéro, de faire en sorte que la question du chômage soit réglée. Il suffit de ne plus indemniser le chômage. Alors plus personne ne sera incité à se déclarer comme chômeur. Mais il en découlerait que les personnes réduites à cette situation devront accepter n’importe quoi comme condition de travail parce qu’il faut survivre. Il en résulterait une forte croissance des inégalités, une hausse considérable des profits des entreprises car le travail serait beaucoup moins cher.
 
Donc la forte croissance des inégalités résulterait de l’application de cette rhétorique.
 
Dans ce cadre que fait l’UE ? L’UE est-elle une protection contre les effets supposés pervers de la mondialisation, ou bien est-elle le cheval de Troie de la mondialisation ?
 
Il y a deux réponses : une réponse factuelle et une réponse rhétorique.
 
- La réponse factuelle est que l’UE, arithmétiquement, décroît notre degré de dépendance par rapport aux autres pays du monde.
 
Pour le comprendre, il suffit de partir de la constatation que le monde est une économie fermée. Plus on agrandit l’espace interne, et plus les échanges qui étaient autrefois externes deviennent des échanges internes. Autrement dit, le degré de dépendance de l’ensemble élargi par rapport au reste du monde se réduit. Donc, arithmétiquement, la construction européenne nous rend moins dépendants des échanges extérieurs. Ainsi un pays moyen comme la France  est ouvert à environ 35% c'est-à-dire que la moyenne de ses importations et de ses exportations représente 35% de son PIB. Mais pour l’UE, le degré d’ouverture n’est plus que de 12% du PIB.
 
De sorte que l’UE est beaucoup moins exposée aux chocs externes que les pays qui la constituaient ne l’étaient avant de s’unir. Par exemple, les Etats-Unis dépendent peu des échanges internationaux. Comme c’est un grand pays ouvert, ce qui fait sa croissance c’est sa demande interne. Depuis 20 ans, les échanges internationaux apportent une contribution négative à la croissance américaine. Celle-ci est la somme de la contribution interne et de la demande externe. Or depuis le début des années 80 la contribution de la demande externe est négative. Mais comme la contribution de la demande interne est très positive, la croissance américaine est la plus forte de celle des pays de l’OCDE.
 
- La réponse rhétorique de l’UE par rapport à la mondialisation.
 
L’UE a mis en place des institutions pour profiter de cette autonomie plus grande que donne, arithmétiquement, la moindre ouverture au reste du monde. L’UE a internalisé les institutions de la mondialisation en mettant en place des institutions chargées de surveiller les pays, de les mettre sous contrôle pour qu’ils s’adaptent davantage à la mondialisation.
 
Les trois commandements de la politique économique de l’UE sont la stabilité des prix, l’équilibre budgétaire et la concurrence. Stabilité des prix et équilibre budgétaire signifient absence d’intervention des pouvoirs publics et la concurrence signifie réduction des obstacles au libre échange, augmentation de la flexibilité des marchés dont le marché du travail et donc baisse de la protection sociale. Donc le programme que l’UE a décidé de s’appliquer à elle-même est le programme rhétorique de la mondialisation.
 
Il y a donc contradiction entre les faits qui nous donnent une plus grande autonomie et une rhétorique qui s’inscrit dans des institutions et qui nous conduit à inventer le système que j’appelle « consensus de Bruxelles-Francfort-Washington » et qui conduit à des plans d’ajustement structurels dans les pays européens. En effet, ce qu’on demande aux pays européens, ce sont des ajustements structurels. La monnaie n’est plus leur affaire et le budget doit être équilibré.
 
La seule possibilité est donc l’ajustement structurel. C’est ce type de programme dont le FMI et la banque mondiale exigeaient la mise en œuvre par les pays en développement. Mais aujourd’hui, le FMI et la banque mondiale ne croient plus en cette rhétorique et ont changé leurs PAS dans les pays émergents.
_________________________________________________________________________________________________
 
Complément
 
Pourquoi la mondialisation serait –elle favorable à l’intégration régionale ?
 
La mondialisation est une phénomène a, au moins, trois dimensions. La mondialisation des flux de biens et services, la mondialisation des flux de capitaux et la mondialisation des flux de capitaux (productifs et financiers) à travers le comportement de développement multinational des firmes.
 
L’intégration régionale peut-elle être un processus conduisant à une intégration globale ?
 
La notion d’intégration régionale peut s’appréhender à partir de la typologie dressée par en 1961 par BALASSA : économie nationale, zone de libre échange, union douanière, marché commun, union économique et monétaire.
 
Le passage d’un niveau d’intégration à un autre exige la signature d’accords régionaux par les gouvernements des pays membres. L’intégration régionale est donc un processus politique qui résulte de choix politiques, c'est-à-dire de la volonté des co-signataires des accords.
 
Il ne faut surtout pas confondre la tendance naturelle des échanges à s’intensifier autour de pôles régionaux et le processus co-déterminé d’intégration régionale.
 
Le phénomène de régionalisation des échanges est une fonction inverse de deux paramètres essentiels que sont la distance économique et la distance géographique (les modèles de gravitation de Paul RUGMAN 1991).
 
On peut donc se demander si la mondialisation en exacerbant les exigences de compétitivité, de crédibilité et de pouvoir de négociation, incite les pays à se regrouper en zone régionale et si en retour, l’intégration régionale, loin de freiner le processus de mondialisation, apparaît comme une étape nécessaire vers l’intégration globale.
_________________________________________________________________________________________________
Published by David MOUREY - dans Mondialisation
commenter cet article

commentaires

A Lire

Banque de France La Crise de la Dette Souveraine Juin 2012 BIS BRI 82e Rapport annuel 2011 2012