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  • David Mourey
  • Professeur d'Economie et de Sociologie

Depuis 2005, Organisation et Animation :
Conférences Pédagogiques
Débats Publics
Colloques d'Economie, Monnaie, Finance ...
au SENAT, Banque de France, ..., Pontault-Combault
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Les « Rencontres économiques » pour tous, lycéens, étudiants, citoyens !

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Les « Rencontres économiques » pour tous, lycéens, étudiants, citoyens !

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Des Initiatives de David MOUREY

16 avril 2007 1 16 /04 /avril /2007 20:33
Un article rédigé par Martine Orange, rédacteur en chef à « Challenges »
 
« Challenges », n°39, 8 juin 2006
 
A Pontault-Combault, 350 lycéens sont venus écouter l’économiste parler mondialisation. Trois heures après, formidable, ils ont « tout compris ».
 
Il a dit oui. Sans hésitation. Parce que cette démarche d’enseignant, osant frapper à sa porte de grand universitaire pour lui demander aide et conseil, ne pouvait que le toucher. Parce qu’il estimait qu’il était de son devoir de dispenser autrement ses travaux d’économiste. Alors, entre ses cours à l’Ecole normale supérieure et des colloques à l’étranger, Daniel Cohen s’est retrouvé, un matin de mai, dans la salle des fêtes de Pontault-Combault, en banlieue parisienne. Devant lui, 350 élèves de première et terminale ES des lycées voisins.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Un auditoire résigné…
 
Dans la salle règne un joyeux brouhaha. Des groupes se forment. Il y a les appliqués, classeur sur les genoux, déjà prêts à tout noter. Demain, il y a interro et dans six semaines, le bac. Il y a les hésitants, prêts à s’ennuyer à écouter deux heures et plus de cours d’économie.
 
 « L’économie, ce n’est pas toujours drôle », a reconnu en préambule David Mourey, l’enseignant qui a pris l’initiative de ces rencontres avec quelques économistes de renom pour leur montrer l’intérêt de sa matière. « Quand vous lisez Daniel Cohen, tout devient compréhensible, simple. Ecoutez ! Vous entendrez une parole libre », a-t-il déclaré à ses élèves auxquels il avait demandé de lire le dernier livre de l’économiste, La Mondialisation et ses ennemis.
 
A la tribune, Daniel Cohen sourit. Il s’empare du micro et commence d’une voix douce. « Tout ce que nous vivons en ce moment, que nous appelons mondialisation, se résume à un choc déterminant. C’est le retour de la Chine et de l’Inde dans le commerce international. Quelque 2,5 milliards de personnes qui s’en étaient soustraites ont décidé de revenir dans le capitalisme mondial », lance-t-il. Ces quelques mots ont suffi. La salle s’est tue. Tous ont compris. Ils redoutaient un exercice scolaire. On leur offre une magistrale leçon de vie et de compréhension.
 
… intéressé…
 
Histoire, géographie, idées politiques et théories économiques, tout est réexpliqué, mis en perspective pour donner sens à ce qu’ils voient, ce qu’ils vivent. Ils croyaient connaître un bouleversement unique, ils découvrent qu’au xixe siècle la première mondialisation fut plus brutale encore. Ils avaient appris en cours la main invisible du marché chère à Adam Smith et les avantages comparatifs défendus par David Ricardo. Et voici Daniel Cohen qui reprend les théories, les fait vivre, pointant ici les bénéfices, là les interrogations. Oui, la mondialisation était au xixe siècle un facteur d’enrichissement. Oui, elle avait rendu possibles de fabuleux sauts technologiques. Non, elle n’avait pas permis à tous d’en sortir vainqueurs : l’écart entre pays riches et pauvres, entre régions pauvres et riches, n’avait cessé de se creuser. Et c’est cela qui avait poussé les pays pauvres à se tenir à l’écart du capitalisme mondial longtemps, avant d’y revenir. « Le commerce mondial n’est pas forcément une bonne chose. Si vous n’êtes pas préparé, vous vous appauvrissez. Si vous vous fermez, vous vous privez des bénéfices des techniques et des échanges. La voie fragile, c’est la voie médiane », assure Daniel Cohen, devant un auditoire songeur.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
… réactif…
 
Après un temps d’hésitation, un élève s’aventure au jeu des questions : « L’Etat peut-il avoir un rôle dans une économie mondialisée ? » Battant en brèche « le libéralisme un peu simplet des grands organismes internationaux », Daniel Cohen relève que l’Etat a eu un rôle déterminant dans les cas de mondialisation réussie. Des exemples ? La Corée et les Philippines. En 1960, les deux pays avaient le même niveau de développement. Trente ans plus tard, le rapport est de un à dix. La différence ? Les Philippines ont opté pour une croissance très inégalitaire, la Corée, un Etat fort autour duquel elle bâtissait un consensus. Faut-il faire des rapprochements ? Des élèves semblent tentés. Le professeur les devance. « La France est gangrenée par la montée des inégalités. Il n’y a plus de consensus, plus de notion de bien public. »
 
… concerné
 
« Quels sont les effets de la mondialisation sur les économies nationales en Chine et en Inde ? » demande un autre jeune. Même pour eux, répond Daniel Cohen, le problème de la diffusion de la croissance, d’associer toute la population, existe. L’avis est écouté. Ces jeunes habitent une banlieue pavillonnaire, agréable. Mais ils ont entendu les plaintes des cités à l’automne. Ils en connaissent les angoisses. Eux-mêmes vivent avec cette peur du chômage. Et là un professeur leur en donne écho. « La grande différence entre la première et la deuxième mondialisation, c’est que tout le monde peut y participer avec la télé. Tous peuvent voir un mode de vie, dont une grande partie est exclue. Cela crée une frustration considérable. » Des murmures courent dans la salle, beaucoup se sentent interpellés.
 
Cette montée des inégalités, insiste le professeur, n’est pas due qu’à la mondialisation. Le chômage et les emplois détruits sont plus liés à la désindustrialisation et à la montée des services qu’à l’ouverture des échanges. Il en va de même avec l’Europe, qui n’a pas su, à rebours, « faire émerger une idée, un modèle ». Pourtant, c’est là que peuvent se trouver les germes du renouveau, dans la construction démocratique d’un espace commun. « Si 20 à 30 % d’entre vous ne vont pas ailleurs, apprendre dans des facs européennes, profiter des échanges éducatifs, alors l’Europe est mal partie », a-t-il lancé en guise d’au revoir. D’un bond, tous se lèvent et s’ébrouent. « Formidable, j’ai tout compris ! », lance une adolescente. Au pied de la tribune, des élèves se précipitent, livre à la main, pour demander un autographe.
 
Une vie d’économie
 
Daniel Cohen est professeur de sciences économiques à l’Ecole normale supérieure et à Paris I-Sorbonne.
Il est aussi directeur du Centre pour la recherche économique et ses applications.
Et membre du Conseil d’analyse économique auprès du Premier ministre.
Et conseiller scientifique au centre de développement de l’OCDE.
 
Ses ouvrages
 
Monnaie, richesse et dette des nations (1987).
Les Infortunes de la prospérité (1994).
Richesse du monde, pauvretés des nations (1997).
Nos temps modernes (2000).
La Mondialisation et ses ennemis (2004).
 
Article reproduit avec l’aimable autorisation de Vincent Beaufils, directeur de la rédaction du magazine « Challenges », que je tiens à remercier chaleureusement.
Published by David MOUREY - dans Mondialisation
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