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  • David Mourey
  • Professeur d'Economie et de Sociologie

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au SENAT, Banque de France, ..., Pontault-Combault
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10 juillet 2007 2 10 /07 /juillet /2007 16:15
Sur son blog, l’économiste Etienne Wasmer a publié le billet suivant « pourquoi les gens sont-ils prosociaux ? » le 28 juin 2007. La lecture de ce texte a suscité un vif intérêt de ma part. J’ai donc posté un commentaire en attendant que notre économiste approfondisse. Ce texte nous permet de nous interroger sur les hypothèses habituelles que font les économistes sur les comportements des individus. Plus précisément, il s’agit de discuter de l’hypothèse de rationalité des choix individuels et de ses formes possibles.
 
L’hypothèse de rationalité en économie et l’égoïsme
 
Selon cette hypothèse de rationalité, au sens le plus étroit, les individus (agents économiques plus précisément) font des choix, adoptent des comportements, en fonction de leur raison et non de leurs passions. Ils vont essayer d’atteindre leurs objectifs en adaptant les moyens dont ils peuvent disposer. C’est en comparant les coûts et les avantages des différentes possibilités qu’ils finissent par se déterminer.
 
Dans une perspective utilitariste, l’utilitarisme est une doctrine humaniste et altruiste, chaque individu en recherchant rationnellement son intérêt personnel participe, à l’intérêt collectif. En fait dans l’approche utilitariste, l’intérêt est le bonheur.
 
L’homo oeconomicus est le prototype, le type-idéal ou ideal-type de l’agent économique rationnel dont les choix et comportements sont strictement gouvernés par ce type de comparaison. Il va chercher à maximiser ses « gains » sous contraintes et compte tenu de ses préférences.
 
Selon une conception de la société conforme aux principes de l’individualisme méthodologique, démarche selon laquelle un phénomène social doit être considéré comme le résultat d’actions individuelles, le fonctionnement de la société est le produit des choix des individus. Le tout social n’est que le résultat des choix individuels. La société n’est que le produit des acteurs. Le tout n’est que la somme des parties. Il n’a pas de réalité propre. Le tout, le collectif, n’est pas une réalité sui generis (propre, en soi).
 
Cette méthode est utilisée par la microéconomie, branche de l’analyse économique qui étudie le comportement des unités économiques (consommateurs et producteurs) et leurs interactions. La microéconomie est donc la science des choix (de production, de consommation) des acteurs de l’économie, acteurs supposés rationnels (homo oeconomicus), sous contraintes. La microéconomie doit donc permettre d'expliquer comment les comportements individuels sont à l’origine, par simple agrégation, des phénomènes macroéconomiques.
 
Mais l’explication de des derniers par la simple agrégation des comportements individuels se heurte à une difficulté majeure, c’est le problème : « Bridge or no bridge » ?
 
Existe-t-il des fondements microéconomiques à la macroéconomie ?
 
En effet, l'agrégation de comportements individuels peut produire ce que l’on nomme des effets indésirables ou effets pervers, ceux que personne n'a recherché. Autrement dit, la rationalité des choix individuels ne va pas conduire ipso facto à la rationalité du choix collectif.
 
L’économie de marché, en situation de concurrence pure et parfaite devrait permettre de passer de la rationalité individuelle à la rationalité du système dans son ensemble. Dans un tel cadre, tout équilibre de concurrence pure et parfaite est un optimum de Pareto (l’allocation des ressources est optimale et il est impossible d’améliorer la situation d’un individu sans détériorer celle d’un autre) et réciproquement. Ce sont les deux théorèmes de l’économie du bien-être.
 
Adam SMITH a mis en lumière en 1776 l’existence d’un ordre inhérent à l’économie de marché décentralisée. Selon le principe de la « main invisible », en situation de concurrence parfaite, chaque individu en poursuivant exclusivement ses propres fins est conduit, par une main invisible, à réaliser les fins qui n’entraient nullement dans ses intentions. Intérêt privé et intérêt collectif coïncident grâce au marché, au niveau du plein emploi des ressources productives. L’équilibre de l’économie étant un optimum social au sens de Pareto.
 
Dans une économie de marché, selon Adam SMITH « Chaque individu s’efforce d’utiliser son capital de telle manière que la valeur de son rendement soit la plus grande possible. Généralement, il n’a pas du tout l’intention de promouvoir l’intérêt public, pas plus qu’il n’a d’idée de la mesure dans laquelle il est en train d’y contribuer. Ses objectifs sont sa propre sécurité et son gain personnel. Et, dans cette affaire, il est conduit par une main invisible à poursuivre une fin, ce dont il n’avait absolument pas l’intention. Il arrive fréquemment, qu’en recherchant son propre intérêt, il favorise beaucoup plus celui de la société que lorsqu’il a réellement l’intention de le promouvoir. » Adam SMITH «  Recherches sur la nature et les causes de la richesse des Nations »
 
A travers la métaphore de la main invisible, le marché apparaît comme un mécanisme de coordination des décisions individuelles rationnelles et décentralisées au moyen d’un système de prix et de marchés. Autrement dit, dans une économie de marché, la coordination des décisions de millions d’entreprises et de consommateurs est assurée par un système de prix et de marchés.
Dans une économie de marché, en théorie, il doit exister un « secrétaire de marché » ou « commissaire priseur » chargé de coordonner les offres et les demandes individuelles.
 
 
En résumé, dans une économie de marché, les agents agissent selon des principes rationnels (au sens ou nous l’avons défini), chaque individu à intérêt à rechercher égoïstement son propre bien être, son propre bonheur, car c’est de cette manière seulement que le bien-être collectif adviendra, sans qu’il soit un objectif initial de l’individu rationnel..
 
C’est bien le sens qui est le plus souvent donné à cette citation de Smith, sens qui est parfois contesté. L’harmonie sociale n’est que le résultat de choix individuels rationnellement « égoïstes ».
 
Ce n’est donc pas l’altruisme qui mène à l’intérêt collectif mais l’égoïsme rationnel.
 
Le texte d’Etienne Wasmer :
« Pourquoi les gens sont-ils prosociaux ? »
 
« Pourquoi les gens sont-ils prosociaux? » se demande alors Etienne Wasmer en nous faisant part de certains états récents de la recherche économique sur les comportements. En nous exposant, de manière simplifiée (insiste-t-il), quelques conclusions des travaux de Jean Tirole et Roland Bénabou, il cherche à nous montrer que les individus rationnels peuvent devenir « prosociaux », c'est-à-dire altruiste, mais un altruisme bien compris, souvent intéressé.
 
« L’idée de départ est d’essayer de comprendre les motivations des comportements altruistes en apparence des « agents »(…). La théorie est la suivante : en ayant un comportement prosocial et donc en apparence altruiste (…) les agents ont en réalité une motivation cachée : ils se signalent à eux même ou aux autres comme étant des gens biens, good people et non pas des gens uniquement motivés par leur sort personnel. En d’autres termes, ils veulent se percevoir ou être perçus par les autres comme n’étant pas uniquement greedy (avides) c'est-à-dire de purs homo economicus ; ils veulent croire ou faire croire qu’ils sont en plus en partie désintéressés, en envoyant un signal de désintéressement au travers des actes « altruistes. Appelons ces motivations des motivations intrinsèques» (…)
 
Etienne Wasmer «… dans les travaux exposés à Turin une des grandes avancées de la théorie néo-classique : un cadre analytique simple – aussi simple que la théorie néo-classique de base – et un pouvoir explicatif important, avec un minimum d’hypothèses. Evidemment, c’est profondément déstabilisateur et donc subversif de penser que le don et l’activité charitable peuvent avoir une motivation uniquement rationnelle (améliorer mon image vis-à-vis de moi-même ou d’autrui). Et ce type de raisonnement s’applique d’ailleurs à tout : l’engagement politique, les croyances religieuses, etc… En regardant les autres agir charitablement, on se dit qu’ils ne le font que pour eux. Alors, doit-on continuer à être pro-social soi-même? Si la théorie était comprise par tout le monde, la réponse serait peut-etre que non puisque "le roi est nu", après l'exposé. Mais comme le dit Jean, cette théorie est finalement une réinterprétation de la phrase : « je suis ce que je fais ». Méditons… »
 
Le terme « méditons » est intéressant pour la suite de ce billet.
 
L’hypothèse de « l’idiot rationnel » d’Amartya SEN
 
Dans un commentaire que j’ai posté sur le blog d’Etienne WASMER, je lui faisais remarquer que j’appréciai son billet car il nous éloigne des considérations strictement économiques habituelles. Pour autant, je lui faisais observer que l’idée que l’action altruiste puisse être parfaitement rationnelle n’est pas nouvelle. 
 
Sauf erreur de ma part, Amartya SEN a développé l’hypothèse du fou ou de « l’idiot rationnel ».
 
Selon Jean-Paul FITOUSSI, « le « fou rationnel », selon la conceptualisation de Sen, désigne l’individu calculateur mais non dépourvu de sentiments altruistes, en ce qu’il attache de l’utilité au bonheur des autres. » Revue de l’OFCE n° 64 / Janvier 1998, Utopie pour l’emploi (suite)
 
 
 
 
Puis rajoute Fitoussi, « Et d’ailleurs le fou rationnel n’est pas si fou que ça ; peut-être est-il même plus rationnel que « l’analogue mécanique » (selon la terminologie de Lucas) dont le calcul froid de l’intérêt égoïste détermine entièrement le comportement : si le bien-être des autres m’est utile, alors le mien est utile aux autres(…) » Revue de l’OFCE n° 64 / Janvier 1998, Utopie pour l’emploi (suite)
 
Pour Alexandre BERTIN, docteur en économie à l’université de Bordeaux et dont vous trouverez l’excellent site avec le lien en bas de page, selon Sen, l’hypothèse traditionnelle de rationalité « réduit l’être humain à un animal préoccupé par ses seuls intérêts et ne prend pas compte deux composantes primordiales du comportement : lacompassion et l’engagement. S’il abandonne rapidement la première, qu’il considère comme n’étant que l’influence du bien-être d’autrui sur notre propre bien-être, donc égoïste, il analyse l’engagement comme un comportement altruiste, puisque la maximisation du bien-être personnel n’est pas la raison de ce comportement. L’engagement introduit alors une distance entre choix personnel et bien-être personnel. Ainsi, l’individu peut mener des choix rationnels sans pour autant que ceux-ci maximisent son propre bien-être. L’individu peut très bien être un idiot rationnel, un demeuré social. »
 
Sur l’abandon de la composante compassion, je ne partage pas le point de vue d’Alexandre Bertin pour des raisons que je vais exposer ci-dessous.
 
Donc, selon la proposition de Sen, en faisant l’hypothèse de l’idiot rationnel, on peut montrer que c’est non pas l’égoïsme qui conduit à la convergence entre intérêts individuels et intérêts collectif, mais au contraire ce serait l’altruisme rationnel. C’est recherchant rationnellement l’intérêt collectif qu’on obtiendrait l’intérêt individuel. Autrement dit, la recherche égoïstement rationnelle par chacun des de son propre intérêt peut éloigner tout le monde de la solution collective la meilleure.
 
J’ajoutai, dans mon commentaire du texte d’Etienne Wasmer que ce type de rationalité altruiste a au moins un fondement philosophique précis et que j’y reviendrai dans un prochain billet sur mon propre blog « Démocratie Economie et Société ». C’est ce que je suis en train de faire.
 
Rationalité, altruisme et bouddhisme
 
Amartya SEN est d’origine indienne. Dans ces textes, articles ou ouvrages, il fait parfois référence au bouddhisme. En tant qu’intellectuel reconnu, il doit bien connaître les fondements de la philosophie bouddhiste exposée, comme il le dit dans « Un nouveau modèle économique » p 120, par son « illustre compatriote Gautama Buddha ». La manière dont il évoque Le Bouddha en dit long sur le respect que lui inspirent les écrits et les paroles du fondateur de cette philosophie à la base d’une pratique spirituelle, bien avant d’être une religion.
 
Je fais ici l’hypothèse, le pari ( ?) qu’Amartya Sen s’est inspiré, sans le dire et après intériorisation d’une culture particulière, des enseignements du Bouddha pour développer son hypothèse de l’idiot rationnel.
 
Je vais me référer, pour faire simple, aux écrits du Dalai Lama et à ceux de son interprète en France, Matthieu RICARD, fils du philosophe Jean-François REVEL.
 
Sa Sainteté le Dalaï-Lama est le chef politique et spirituel du Tibet. Il est considéré par les Bouddhistes comme la réincarnation du Bodhisattva de la Compassion. Depuis 1959, Tenzin Gyatso, XIVème Dalaï-Lama, vit en exil à Dharamsala, dans le nord de l’Inde, où il s’est réfugié après l’invasion du Tibet par la Chine. Lauréat du Prix Nobel de la Paix en 1989, il a vu récompenser son combat non violent en faveur de la libération de son pays. Le Dalaï-Lama parcourt le monde pour diffuser un message de non violence, d’altruisme, de compassion, pour le bonheur de tous les êtres sensibles.
 
Dans ses livres, on ne cesse de lire qu’un comportement altruiste est parfaitement rationnel dans la quête du bonheur individuel. Ce n’est donc pas l’égoïsme rationnel qui conduit au bonheur individuel et collectif, mais, au contraire, c’est l’altruisme rationnel qui peut aboutir au bonheur individuel.
Il n’y a donc pas d’idiot rationnel.
 
Cet altruisme se manifeste par la pratique de la compassion, au sens bouddhiste du terme.
 
Voici quelques extraits des paroles du Dalai Lama 
sur l’altruisme et la compassion:
 
« La compassion, c’est le souhait de voir tous les êtres sensibles libérés de la souffrance. Seule une sensation spontanée de compassion envers les autres peut nous porter à agir en leur faveur. Néanmoins, la compassion ne survient pas « mécaniquement ». Un tel sentiment, s’il est sincère, doit grandir peu à peu, être entretenu en chaque individu, reposer sur la conviction de sa propre valeur. Adopter une attitude aimable est donc une affaire de choix personnel. »
 
« Tous nos déboires proviennent de notre esprit indiscipliné. Et cette indiscipline naît de l’égoïsme. Nous nous trouvons pris entre l’espoir et l’inquiétude, confrontés à la peur de l’échec. En général, nous montrons les autres du doigt, nous les accusons de tous les maux. Mais la vraie racine du problème, la source de tous les ennuis, l’origine de tous les imprévus réside dans l’attitude égocentrique qui persiste dans notre cœur. »
 
« L'amour altruiste est souvent mal compris. Ce n'est pas se négliger au profit des autres. En effet, lorsque l'on fait du bien à autrui, on se fait du bien à soi-même en raison du principe d'interdépendance.  L'altruisme modifie le tempérament, l'humeur, la façon de percevoir les choses. On peut espérer à terme un tempérament plus serein, plus égal. Le contraire expose à la vulnérabilité aux circonstances extérieures. »    
 
 
« L'égocentrisme est contre-nature car il va à l'encontre de l'interdépendance. C'est fermer toutes les portes. Toutes les circonstances vont créer une tempête dans ce tout petit univers. Alors que l'altruisme développe la vision en perspective (…) la compréhension de l'interdépendance. »            
 
« C'est en parvenant à nos fins par l'effort, en étant prêt à faire le sacrifice de profits immédiats en faveur du bien-être d'autrui à long terme, que nous parviendrons au bonheur caractérisé par la paix et le contentement authentique. Discipliner son esprit, renoncer au superflu, vivre en harmonie avec les autres et avec soi-même nous assurera le bonheur. »            
 
Matthieu Ricard nous rappelle dans « Plaidoyer pour le bonheur » que contrairement à ce que postulait Thomas HOBBES, selon lequel « l’homme est un loup pour l’homme »,le bouddhisme postule « la bonté originelle de l’être humain. ». Chaque être humain possède la nature de Bouddha, cette capacité à développer la compassion, l’altruisme… pour le bien être de tous les êtres sensibles.
 
Et il nous rappelle également cette phrase de SHANTIDEVA, un des derniers grands maîtres et auteur de « Vivre en héros pour l’éveil », grand classique de la philosophie bouddhiste :
 
« Tous ceux qui sont malheureux le sont pour avoir cherché leur propre bonheur ;
Tous ceux qui sont heureux le sont pour avoir cherché le bonheur des autres ;
A quoi bon tant de paroles ?
Comparez seulement le sot attaché à son propre intérêt
Et le saint qui agit dans l’intérêt des autres »
 
 
Des fondements bouddhistes de la philosophie de SEN
 
Toutes ces observations que j’ai faites au cours de nombreuses lectures, toute la tolérance qui apparaît dans les écrits de SEN, il suffit de lire son dernier ouvrage « Identité et violence », me conduisent à penser qu’Amartya SEN puise une partie de son immense inspiration dans cette philosophie bouddhiste.
 
Et je ne vois pas au nom de quel principe, les philosophes bouddhistes seraient moins dignes d’intérêt que les philosophes grecs…
 
Il y a donc une forte présomption quant à l’existence de fondements bouddhistes à la philosophie développée par le Prix Nobel d’économie Amartya SEN.
 
Dans ce cadre, on déduit aisément qu’il n’y a pas d’idiots rationnels, que les gens ne sont pas « prosociaux » mais qu’ils peuvent être altruiste, au sens le plus pur du terme c'est-à-dire de manière complètement désintéressée.
 
Conclure cela ne permet cependant pas de rejeter l’hypothèse d’un altruisme faible, intéressé et qui peut être manipulé par des incitations. Dans ce cas précis, on peut mettre en évidence des comportements qu’Etienne WASMER qualifie de pro sociaux.
 
A lire
 
- Le blog d’Etienne Wasmer
 
 
Etienne Wasmer est Professeur des Universités, Sciences-Po. Paris
Chercheur à l’OFCE, research fellow du CEPR (Londres), research fellow IZA (Bonn)
 
- Un corrigé de dissertation sur la rationalité par Alain Beitone
  
- Le site d’Alexandre BERTIN
 
De nombreux travaux d’analyse de l’œuvre d’Amartya SEN. Ce n’est pas une mince affaire et pourtant cela est fort éclairant. N’hésitez pas à lire les publications de ce jeune économiste.
 
 
 
 
 
 
 
 
Published by David MOUREY - dans Rationalité
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commentaires

Alexandre Bertin 21/08/2007 22:52

David,je ne réagis que maintenant à ton sujet car je ne l'avais pas vu. Deux choses, il me parait évident que la compassion n'est qu'un état mental dans lequel, nous cherchons par une sorte d'empathie, à maximiser notre propre bien-être en agissant pour le bien d'autrui. Mais aujourd'hui, il me semble que la dichotomie compassion/engagement proposée par Sen ne tient plus.Si l'on se réfère à la philosophie aristotélicienne, l'homme est mû par un seul but : l'atteinte du bien suprême, le bonheur (qui peut être aussi le bien-être). S'il se fixe se but, toutes les actions qu'il entreprend sont donc dirigées en vue d'atteindre cet objectif. Il me semble donc que l'homme dès lors qu'il agit, et quelque soit l'action, il cherche à atteindre ce but. Mais là, il est nécessaire de bien insister sur la définition que l'on donne au terme bonheur. Je pense que Sen commet une erreur lorsqu'il affirme que le bien-être ou le bonheur est ce sentiment momentané (sa critique des approches subjectives repose sur la même chose), il se situe alors dans l'utilitarisme de Bentham : l'utilité est une somme de peines et de plaisirs, une quantité.Si on s'inscrit dans la veine d'un John Stuart Mill, qui récuse profondément et de manière véhémente la position de Bentham, l'utilité est une notion qualitative : impossible d'additionner ou de soustraire des utilités. Je définirai alors le bonheur dans cette perspective millienne, qualitative et non pas un fragment de moment agréable.Ainsi, en redonnant ses lettres de noblesses à cette notion, on peut dépasser la critique de Sen et faire du bonheur le but ultime de la vie. Sen n'en fait qu'un fonctionnement parmi d'autres, là il se trompe, a mon avis.

David MOUREY 22/08/2007 10:07

Alexandre, Merci pour ce commentaire sérieux et très constructif. Mais, étant donné la densité de celui-ci, et compte tenu d’un échange que j’ai eu avec Etienne Wasmer sur un de ses récents billets « la théorie newtonienne est anglo-saxonne », je proposerai un nouveau billet dans les jours qui viennent pour expliciter mon point de vue sur les remarques faites et les questions soulevées. A plus, David

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