Samedi 11 août 2007
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Par David MOUREY
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Publié dans : Démocratie
« Le plus grand danger est le caractère doctrinaire d’une pensée.
La meilleure façon de ne pas comprendre le monde qui nous entoure est
d’obéir de façon aveugle à un dogme ou à une doctrine. Or, l’ensemble de l’économie, de la sociologie ou de la philosophie devrait nous permettre de
comprendre ce monde. Sans cette compréhension, nous devenons des objets de l’histoire plutôt que des sujets.
Dans cette exigence de compréhension, je place l’essentiel de mes travaux.
Ces phénomènes de pensée unique, de pensée doctrinaire, de pensée dominante, sont des phénomènes spécifiquement européens. Nulle part ailleurs, le débat
n’est interdit, surtout pas dans les milieux académiques ni dans les milieux politiques. Il n’y a de chance de progresser dans la compréhension du monde qu’en confrontant
des avis contradictoires.
J’apprends beaucoup des gens avec qui je suis en désaccord, j’apprends très peu des gens avec qui je suis d’emblée en
accord.
C’est normal car être en désaccord implique de comprendre la nature, la valeur, la profondeur de l’argument qui est utilisé dans le débat. »
CONFERENCE DE JEAN-PAUL FITOUSSI
Mercredi 20 avril 2005, Pontault-Combault
Une conférence pédagogique devant 350 élèves venus de trois lycées différents et situés dans trois villes différentes.
Le débat pour vaincre le dogmatisme
Je partage pleinement ce point de vue de Jean-Paul FITOUSSI. Cette volonté sans faille de défendre la démocratie et le libre débat est l’une des
plus grandes qualités du président de l’OFCE.
Je ne comprendrai jamais pourquoi certains refusent ostensiblement des discussions complètement ouvertes, même si cela peut impliquer une remise en question de
convictions profondes. Certes, le débat ne doit pas conduire à changer de point de vue aussi rapidement que l’on peut changer de chemise, mais le changement potentiel de point de vue, de
conviction doit être réel et non rester virtuel.
Comment peut-on se réclamer de la démocratie, défendre les valeurs démocratiques, être parfois un élu et ne pas pratiquer avec ses
contradicteurs la libre discussion dans un esprit de grande honnêteté intellectuelle ?
Un exemple me vient à l’esprit. Etant informé des débats et conférences que j’organise à Pontault-Combault autour d’économistes dont les
sensibilités politiques sont très différentes, un responsable politique d’une commune proche m’avait demandé si je pouvais organiser un ou plusieurs débat dans sa commune.
Je lui répond que c’est possible, à la condition de conserver une totale liberté quant au choix des invités et du thème de discussion, comme me le permet Jacques
HEUCLIN, le maire de Pontault-Combault. L’absence de réponse a sonné comme un non…, à la démocratie. Il me semble tout à fait incroyable que des élus puissent refuser ce type de
débat. Ayant croisé récemment ce même responsable, nous évoquons la proposition restée sans réponse et les prochaines élections municipales de mars 2008. Sa réponse est qu’en
période électorale, ce type de débat, devant les citoyens, n’est pas envisageable. Cette réponse ne me surprend pas.
Cela étant, je me demande vraiment si notre démocratie a un avenir lorsque j’observe de tels comportements de la part d’élus du peuple.
Heureusement, tous les élus ne sont pas ainsi. Ne tombons donc pas dans le populisme.
A suivre…
en effet, il n'y a rien de plus énervant que de voir des gens, élus démocratiquement, refuser le débat avec des personnes qui n'ont pas leurs convictions. Il serait temps que ces élus comprennent qu'ils n'ont pas obtenu l'unanimité des voix lorsqu'ils ont été élu et que l'opposition, même minoritaire, à droit à la parole.
Organiser un débat dans une commune, avec des économistes de tout bord est enrichissant pour l'ensemble de la communauté. Ton implication dans le débat citoyen est louable et à l'image des Universités populaires correspond à l'idéal d'un J.S. Mill pour qui l'éducation était le meilleur moyen d'élever les masses.
L'absence d'acceptation de pluralisme par des élus qui n'ont que des visions court-termistes de réélection aux municipales sont symptomatiques d'une dérive de captation du pouvoir et de professionalisation du même pouvoir. Il semble donc que la démocratie nécessite un second souffle aujourd'hui. Renforcer la contre-démocratie, historiquement très présente en France notamment, comme le souligne P. Rosanvallon est une voie d'espoir pour nous.
Tu as tout à fait compris mon point de vue et l'objectif que je me fixe à travers ce blog et les débats- conférences que j'organise. Pourtant, ce n'est pas facile de convaincre de l'utilité de tout cela. Dire que l'on est ouvert à presque tous les débats de société peut paraître suspect et susciter la méfiance.
Presque, parce que pour moi, le débat sur la peine de mort, par exemple, est clos. L’homme n’a pas le droit de décider de tuer d’autres hommes… Merci donc à François Mitterrand, Robert Badinter et tous ceux qui les ont soutenus d’avoir conduit au vote d’une loi contre la peine de mort en France.
Par ailleurs, quand j'ai mis sur la table de la discussion certains débats, j'ai pu me heurter à des réactions très vives parce que certains sujets ne sont pas à débattre pour quelques personnes. Mais si la critique dans l'espace du débat démocratique devient difficile voire impossible, que faire, que nous reste-t-il ?
On m'a même affirmé que la démocratie n'avait pas besoin de moi. Enorme !
Cela pourrait en dégoûter plus d'un, mais pas moi. Bien au contraire, je suis allé relire des ouvrages sur la démocratie et ses limites. Et il me semble que la démocratie a besoin de chacun, sans exception.
Enfin, je suis en train de lire, entre autres, le livre de Rosanvallon sur la Contre Démocratie et ses formes. Vraiment très intéressant. Il y montre que si la démocratie a ses limites, les diverses formes de Contre démocratie en ont également. Il redéfinit plus sérieusement les notions de populisme et de poujadisme souvent détournées de leur sens, par ceux qui sont en manque d’arguments, pour mieux disqualifier et stigmatiser l’autre. Cela est très éclairant. En tout cas, mes lectures et mes réflexions sur la démocratie (l’économie et la société) vont se poursuivre longtemps…
A plus, David