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  • David Mourey
  • Professeur d'Economie et de Sociologie

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au SENAT, Banque de France, ..., Pontault-Combault
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24 août 2007 5 24 /08 /août /2007 15:10
 
Boom, bulle, krack, crise
 
« Il faut avoir le pessimisme de la raison et l’optimisme de la volonté »
Michel Barat
 
Remarques préliminaires
 
Dans un court billet, j’ai voulu répertorier les articles proposés sur divers blogs et qui permettent d’expliciter les différents aspects de la crise des crédits hypothécaires, les « subprime », aux Etats-Unis. Etant donné, la qualité des textes proposés, il me semble inutile d’être redondant. J’ai donc souhaité présenter sommairement tous ces articles. Si certains lecteurs ont trouvé d’autres articles utiles à la compréhension de cette crise, qu’ils me le disent, je rajouterai des liens.
 
 
En ce qui me concerne, je souhaite aborder la question d’un autre point de vue.
 
Crise financière,… ou crise réelle ?
 
Selon les cassandres, nous sommes probablement à l’aube, au minimum, d’une récession économique généralisée à la plupart des pays développés et émergents de la planète, en raison de la crise financière qui a démarré aux Etats-Unis avec la crise du crédit à risque, le « subprime ». En revanche, selon des analyses plus optimistes, il s’agit simplement d’une période d’ajustement inhérente aux « exubérances irrationnelles » passées, aux excès passés.
Alors, sommes nous au début d’une crise économique internationale profonde ? Ou bien, nous trouvons nous dans une phase de transition, entre deux équilibres, par définition instable ?
 
Pour répondre à cette question, ou au moins  tenter d’y apporter quelques réponses, on peut commencer par se demander pourquoi les crises financières suscitent toujours tant de craintes, éveillent tant de passions, ouvrent tant débats ?
 
La première réponse, immédiate, est partiellement contenue dans la question posée dans le titre. En effet, pourquoi cette question introductive n’en est pas vraiment une ?
 
Tout simplement parce que les crises financières ont (toujours et forcément) des effets réels ! Si tel n’était pas le cas, le sujet serait probablement moins étudié et chacun d’entre nous s’interrogerait moins sur les effets (réels) potentiels de ces crises qualifiés de financières.
 
Sphère réelle et sphère financière : déconnexion ?
 
La question de la connexion/déconnexion entre la sphère financière et la sphère réelle de l’économie est pourtant une question récurrente, que se posent les économistes, les dirigeants politiques, les dirigeants d’entreprises, les salariés, etc …
 
L’épisode actuel pourrait le montrer clairement et cruellement. Les erreurs de choix et de comportements des agents sur les marchés financiers et les déséquilibres financiers associés pourraient avoir des conséquences majeures sur les acteurs et leurs opérations dans l’économie réelle.
 
Les faillites bancaires, les défaillances successives d’organismes de crédit, les licenciements, les ménages devenus insolvables et en cessation de paiement, sont les premières preuves indiscutables de l’interdépendance entre les sphères réelles et financières de l’économie.
 
Toutes les crises financières, qu’il s’agisse d’une crise change, d’une crise bancaire, d’une crise de dette, d’une crise boursière, sont susceptibles de provoquer une récession, voire une dépression dans la sphère réelle.
 
Une interdépendance sans surprise
 
Cette interdépendance, entre les sphères réelle et financière, ne devrait pourtant surprendre personne car toutes les activités économiques, dans une économie capitaliste de marché doivent être financées.
 
La sphère réelle regroupe l’ensemble des activités de production et de répartition des biens et services, les opérations d’échanges des facteurs de production,… La sphère de la finance correspond à l’ensemble des opérations et des institutions permettant d’organiser les relations entre les agents qui disposent de capacités de financement avec ceux qui ont des besoins de financement.
 
Les opérations réelles sur les biens et les services (production et échange) les opérations sur les facteurs de production (le travail et le capital productif) nécessitent des moyens financiers. Toutes les activités économiques réelles nécessitent un financement préalable. Les échanges de capacité de financement entre les agents à besoin de financement (emprunteurs, débiteurs) et les agents à capacité de financement, sont la contrepartie indispensable des opérations dans la sphère réelle de l’économie. Par exemple, une entreprise devra emprunter pour invertir ou moment de sa création ou au cours de son activité. Un ménage devra emprunter pour un achat immobilier,…
 
D’un point de vue macroéconomique, l’épargne des ménages (agent structurellement préteur, c’est à dire disposant d’une capacité de financement), va permettre de financer les investissement des entreprise et des administrations (agents structurellement emprunteurs). Il y a donc dans notre économie des agents qui sont des créanciers structurels et d’autres qui sont des débiteurs structurels.
 
Comme, de surcroît, nos économies sont des économies monétaires, les échanges financiers et réels sont libellés et réalisés en monnaie.  D’où l’importance de la valeur interne et de la valeur externe de la monnaie pour stabilité du système. Les déséquilibres monétaires peuvent être la cause ou la conséquence de déséquilibres financiers et/ou réels.
 
Dans ces conditions, lorsque la croissance économique ralentie, cela signifie que la croissance la production intérieure brute (PIB) est plus lente. Les besoins en main d’œuvre sont moindres et le chômage augmente entraînant dans son sillage tout un cortège habituel d’inégalités. A fortiori, dans le cas d’une dépression, la production baisse et les difficultés économiques et sociales se renforcent. En outre, le ralentissement, voire la baisse, de l’investissement en capital productif peut contribuer à accélérer le processus récessif, ou dépressif.
 
Système et interdépendances
 
L’économie, nationale, régionale ou mondiale, prend donc la forme d’un système dans lequel les diverses composantes, les multiples éléments(agents et opérations) sont plus ou moins en interaction avec les autres composantes, éléments et avec le système lui même. En fait, depuis le début des années 80, diverses évolutions (révolutions pour certains) ont contribué à multiplier les phénomènes interactifs et donc la (sur)réactivité du système.
 
De la finance directe à la finance indirecte
 
En effet, les multiples révolutions financières quantitatives (phénomènes de capitalisation) et qualitatives (essor de nouveaux marchés et émergence de nouveaux acteurs), les processus de déréglementation, désintermédiation, décloisonnement et d’innovations, ont favorisé le passage d’une économie d’endettement (finance indirecte) à une économie de marchés financiers (-finance directe et titrisation).
 
Dans le cadre d’une économie d’endettement, les agents à capacité et à besoin de financement réalisent leurs opérations financières par le biais d’un intermédiaire financier (le plus souvent une banque) et dans le cadre d’une économie de marchés financiers, les deux catégories d’agents se rencontrent directement sur les différents marchés de capitaux. En théorie, cela se passe ainsi, mais on constate que les banques et les autres organismes financiers se sont adaptés à l’économie de finance directe et y jouent un rôle majeur et fondamental. Les banques restent au cœur du déclenchement de la crise du « subprime » aux Etats-Unis.
 
Cet essor de l’économie financière de marché est d’une telle ampleur que les montants échangés sur les différents marchés de capitaux (marchés financiers et marché monétaire) sont désormais sans commune mesure avec les opérations et les échanges dans l’économie réelle.Et cette nouvelle réalité pose, de facto, de nombreux problèmes.
 
Finance globalisée et autonomie de la sphère financière
 
Partant de ce constat, on peut se demander dans quelle mesure la finance reste au service de l’économie réelle, ou dans quelle mesure les marchés financiers sont-ils déconnectés, autonomes, de l’économie réelle.
 
En fait, il semble que la déconnexion existe surtout à court terme, mais que la connexion se rétablit à long terme.Pour autant, ce découplage de court terme n’est pas sans incidences durables par le biais d’un phénomène d’hyteresis selon lequel l’effet persiste alors que sa cause (le facteur déclencheur) a disparu. Dans le cas présent, les effets financiers et réels de la crise initiée par les défaillances du système du crédit « subprime », persistera plusieurs mois, voire plusieurs années, alors que les « mauvais créanciers » et les « mauvais débiteurs » auront déjà payé la note.
 
Boom, Mimétisme, Bulles spéculatives et Krack
 
En tentant d’être plus clair,on peut dire que dans le cadre de la finance globalisée, la mobilité accrue des capitaux, l’arrivée des économies émergentes de plus en plus nombreuses à la table de la croissance mondiale et des échanges internationaux de biens et services, et de capitaux, l’horizon court des spéculateurs liée à l’incomplétude informationnelle à long terme (l’avenir est incertain), la myopie des agents sur les différents marchés qui se traduisent par des comportements « panurgiens » ( moutonniers ou mimétiques), le rôle central des anticipations qui sont donc de moins en moins rationnelles (sauf si la rationalité consiste à adopter le même comportement que les autres), la diversification des produits financiers et notamment la multiplication des produits dérivés (de produits financiers dits « sous jacents »),… conduisent à exacerber les phénomènes de « surréaction » se traduisant par l’envolée des cours de différents produits. Ces bulles spéculatives, alimentées par le fait que la hausse entraîne la hausse, finissent toujours par atteindre un seuil au-delà duquel la baisse prend la forme d’une chute brutale et vertigineuse des cours. C’est le Krack. A prés le boom, …le krack !
 
Du risque systémique
 
On déduit, logiquement de ce qui précède, que la crainte d’une crise systémique lorsqu’un déséquilibre profond apparaît dans une dimension du système avant de se propager comme dans un jeu de domino au reste du monde est tout à fait légitime.
 
Selon une définition de référence, proposée par Michel AGLETTA et P.MOUTOT, le risque de système désigne « l’éventualité qu’apparaissent des états économiques dans lesquels les réponses rationnelles des agents individuels aux risques qu’ils perçoivent, loin de conduire à une meilleure répartition des risques par diversification, amène à élever l’insécurité générale. »
 
Selon les auteurs, cette définition permet d’insister sur la non neutralité des structures financières, lesquelles influencent le champ des possibles en matière d’équilibre macroéconomique. Autrement dit, de graves dysfonctionnements dans l’allocation des ressources financières (par exemple, l’octroi de crédits à des ménages peu solvables avec le « subprime »...) peuvent conduire à des équilibres macréconomiques inefficients. Mais ces équilibres ne proviennent pas (seulement) l’irrationalité des agents, mais surtout des défauts de la coordination de milliers de choix individuels (microéconomiques) par les marchés financiers. D’où un résultat macroéconomique « anormal ».
 
Mais il faut convenir que dans un système économique dynamique on observe « naturellement » un processus permanent de destruction-créatrice d’activité, d’entreprise, d’emplois, dans lequel des risques sont régulièrement pris par les uns (avec le concours volontaire ou involontaire des autres) et cette situation ne peut se traduire que par une certaine dose d’instabilité. En effet, un système dynamique, par nature, ne peut se reproduire à l’identique.
 
Les risques pris étant fondés simultanément sur des choix plus ou moins rationnels et sur la confiance (facteur irrationnel) en l’avenir (par nature incertain) de ceux qui prennent des paris, les effets qui en résultent peuvent être un puissant facteur d’instabilité, en raison des successions de phases de réussite (pour certains) et d’échecs (pour d’autres).
 
Le risque de crise systémique est donc inhérent à une économie capitaliste de marché. Il n’est donc aucunement surprenant de s’interroger sur les conséquences réelles potentielles de la crise financière actuelle, laquelle a l’instar des crises du passé pourrait provoquer bien plus de dégâts qu’elle n’en a déjà causé.
 
L’avenir ne se conjugue pas au passé
 
Cela étant, ce n’est pas parce que le pire est possible qu’il est probable. Les leçons de l’histoire des crises financières nous permettent de penser que notre avenir reste entre nos mains, ou plutôt entre celles de ceux qui dirigent nos économies nationales, régionales et internationales. Seuls le fatalisme et la résignation devant un avenir qui serait déjà écrit, parce qu’inscrit de manière inéluctable dans les erreurs du passé, pourraient nous faire répéter les mêmes erreurs.
 
L’avenir nous dira ce qu’il en fut de la crise actuelle. Mais en « attendant » l’avenir, c'est-à-dire en faisant feu de tout bois pour qu’il soit le meilleur possible, regardons rapidement comment nous en sommes arrivés là et essayons de comprendre quels sont les principaux ressorts de cette crise compte tenu de la situation de l’économie mondiale aujourd’hui et donc du potentiel de sortie de crise.
 
De la bulle Internet en 2000 à la bulle immobilière
 
« Le cycle amorcé depuis l’éclatement de la bulle Internet se démarque des cycles économiques habituels. La croissance ne se heurte pas à la loi des rendements décroissants qui voudrait que les sources de création de richesse viennent à se tarir. Elle ne bute pas non plus sur les tensions de tel ou tel marché qui obligeraient à calmer le jeu. Elle ne s’étouffe pas dans un surinvestissement qui conduirait à l’accumulation de capacités de production excédentaires et nécessiterait un ajustement brutal pour ramener chacun à la raison. Opérant sur un espace globalisé, appuyée à grande échelle par une finance triomphante, la logique de la croissance actuelle semble défier la raison. L’accès à l’économie de marché d’une moitié de l’humanité est une aventure fascinante. » OFCE Prévision Avril 2007.
 
L’histoire récente de l’économie mondiale nous montreque la croissance mondiale a plutôt bien résisté à l’instabilité géopolitique et à la flambée des cours du pétrole depuis le krak de la « nouvelle économie », c'est-à-dire le dégonflement de la bulle Internet des années 2000. En 2006 la croissance mondiale fut de 5,1 % de croissance.
 
Mais le retournement du marché immobilier américain va-t-il sonner la fin de cet « âge d’or » de la croissance économique mondiale ? Au minimum, il pourrait déclencher une récession (soit un ralentissement) avec un taux de croissance du PIB mondial d’environ 4,5 % en 2007 et 2008.
 
La crise du « subprime »
 
La crise du « subprime » est déjà à l’origine de nombreuses faillites et nourrit l’incertitude. Le terme "subprime" désigne des crédits hypothécaires à risque aux Etats-Unis. Les défaillances d'organisme de crédit immobilier se multiplient dans ce pays. Plusieurs dizaines d'organismes de crédit immobilier ont fermé leurs portes. D’autres ont remonté leurs exigences en matière de prêts pour s’adapter à la baisse des prix de l'immobilier résidentiel et à la hausse du coût du crédit, alors que et que le nombre des défaillances augmentait.
 
La crise des prêts immobiliers à risque américains, d'abord circonscrite au marché américain, s'est propagée à d’autres économies. Elle  touche des banques australienne, britannique, et allemande. En France, Natixis (alliance des Banques Populaires et de la Caisse d'Epargne), la banque d'affaires des Banques Populaires, serait plus exposée que ses concurrents au marché de la titrisation constitué en partie par le « subprime ». BNP Paribas a gelé trois fonds de placement composés de titres adossés à des créances immobilières après avoir annoncé que « disparition de toute transaction sur certains segments du marché de la titrisation aux Etats-Unis a conduit à une absence de prix de référence et à une illiquidité quasi-totale des actifs figurant dans les portefeuilles des fonds quelle que soit leur qualité ou leur rating. » BNP Paribas reconnaît qu'elle ne peut plus établir une juste valorisation des actifs contenus dans ces fonds, ce qui la pousse à suspendre ses fonds.
 
Subprime et LBO
 
L’autre problème, en France, provient des LBO. Les « Leverage BuyOut »  présentent des similitudes avec les crédits « subprime ». En effet, les LBO sont des crédits utilisés pour des opérations de rachat par endettement. Le marché du LBO est élément moteur du marché mondial des fusions et acquisitions et outil très prisé par les fonds d'investissement, a représenté un montant de 600 milliards de dollars en 2006. Cela pourrait susciter des inquiétudes concernant la stabilité financière dans le cas d'un retournement du cycle des crédits. Mais, les acteurs du marché des LBO se connaîtraient beaucoup mieux que ceux des « subprime. Ils pourraient donc se protéger collectivement contre les défaillances passagères.  Cela étant, l'observation du marché du « subprime » illustre comment le marché des « leverage loans » pourrait évoluer en cas d'un affaiblissement du marché du crédit.
 
Donc, la situation des banques internationales se dégrade et les conséquences se propagent au reste de l’économie. Pourtant, le scénario du pire n’est peut-être pas encore à nos portes. En effet, le dynamisme des économies asiatiques et la vigueur retrouvée de la zone euro pourraient prendre le relais de la croissance américaine en tant que « locomotive » de la croissance mondiale et venir compenser le ralentissement américain, lequel  pourrait peser sur la croissance mondiale.
 
A suivre...,
 
 
... avec un prochain billet sur l'importance du contexte macroéconomique international...
 
 
A consulter
 
Published by David MOUREY - dans Crises Financières
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commentaires

Latreille 10/09/2007 22:26

Cher collègue,
Ce billet est factuellement intéressant et très exact. Pourtant, ton analyse passe à côté de quelque chose. Quand tu écris : "Seuls le fatalisme et la résignation devant un avenir qui serait déjà écrit, parce qu’inscrit de manière inéluctable dans les erreurs du passé, pourraient nous faire répéter les mêmes erreurs." il me semble que tu négliges le fait que la crise à venir est contenue dans la hausse vertigineuse du prix des actifs (immobiliers, financiers) ces dernières années. La monnaie créée sans mesure, par un système bancaire qui avait besoin de se rendre indispensable sur un marché qui l'avait exclu dans les années 80 (le passage à la finance direct que tu décris très bien) est en excès sur les marchés (en mars 2007, l'Expansion titrait : Il y a trop de capitaux dans le monde). La seule façon de détruire cette monnaie excédentaire est que la valeurs des actifs baisse, ce qui se produit automatiquement dès que les crédits nouveaux deviennent inférieurs aux remboursements des anciens crédits. Pour le dire autrement, les marchés peuvent se maintenir que si les banques émettent chaque année plus de crédits que l'année précédente. Pour mille raisons, cela n'est pas possible indéfiniment. Et surtout lorsque la confiance vient à manquer, aux emprunteurs comme aux prêteurs eux-mêmes lorsqu'ils ne sont plus assurés de se "payer" sur le prix des actifs. C'est pour cela que j'insiste pour dire que ce n'est pas une histoire de répêter ou non des erreurs passées, mais que cette spirale haussière doit mécaniquement se terminer en baisse. Et l'on peut supposer, à la louche, que toute la monnaie créée à une vitesse supérieure à la richesse réelle est excédentaire. Ce qui fait que les prix de l'immobiliers n'auraient pas dû douler en 8 ans mais augmenter de 15-20 % maxi. Le krach est donc à venir. Il n'est ni souhaitable, ni à redouter : juste certain dans sa réalisation. Sur quelle période ? L'analyse des cycles nous apprend qu'il faut environ autant de tant pour dégonfler une bulle que pour la gonfler. personnellement, j'acheterai mon logement dans 10 ans. IL y aura d'excellentes affaires à faire...
Cordialement,
Jean Latreille
 

David MOUREY 10/09/2007 23:18


Mon cher Jean, merci pour ce commentaire. Je partage tout à fait ce point de vue. En effet, c’est exactement ce que j’ai essayé de mettre en évidence, avec insistance, en utilisant les travaux de Patrick ARTUS dans les billets suivants : Attention : une crise financière peut en cacher une autre, Les dangers de la « Finance de PONZI », Crise financière, crise du "subprime". De surcroît, je vais approfondir encore cette question, non seulement à partir des prochaines publications de Natixis, de BNP-Paribas, de l’OFCE,… et de Frederic LORDON dont deux textes m’ont été signalés par un collègue. J’en conclue donc, ici pour répondre à ta remarque, que la lutte contre le fatalisme et la résignation doit nous conduire à lutter avec détermination contre les effets pervers de la finance de PONZI et contre les excès de liquidités, provoqués en partie par le soutien monétaire des banques centrales dans leur rôle de prêteur en dernier ressort à court terme, mais dont l’impact pervers à long terme est de préparer les conditions d’occurrence de la bulle financière future. A suivre, donc…, en confrontant les analyses.
 

Malakine 27/08/2007 15:38

Bonjour David
Ce que je retiens surtout de ce billet très intéressant, c'est la relative déconnection de l'économie financière avec l'économie réelle. On ne peut donc pas exclure que la sphère financière, fonctionnant dans le cadre de sa logique propre, conduise à des conséquences désastreuses dans l'économie réelle.
Je n'ai pas compris grand chose au passage sur les LBO mais cela me semble très inquiétant. Si un mécanisme identique aux subprimes existe sur ces produits, les conséquences seront probablement plus graves, car - si j'ai bien compris - les difficultés seront rencontrées par, non plus des ménages surendettés, mais des fonds d'investissements propriétaires d'entreprise. L'impact potentiel sur l'économie réelle d'une "correction" brutale d'un évnetuel nouveau délire des marchés financiers serait alors bien plus grand.
Dernière remarque : En fin d'article tu dis que la zone euro "à la vigueur retrouvée" pourrait prendre le relai de la croissance américaine comme moteur de l'économie mondiale. Le problème de cette comparaison est que le moteur de l'économie US était l'endettement et que ce schéma n'est sûrement pas transposable pour l'Europe et que cela n'est surement pas souhaitable.
Pour que l'Europe se mette à plus consommer sans s'endetter, elle devra également produire plus. Est-ce que cela n'implique pas un certain retour au protectionnisme ?
J'attends l'article suivant sur la "géoéconomie" avec impatience ...
Cordialement
Malakine

David MOUREY 28/08/2007 22:15

Bonjour Malakine, Merci pour le commentaire. En fait, ce que je retiens, c’est qu’il existe une certaine déconnexion entre les sphères réelles et financières du fait d’une évolution partiellement et temporairement (court terme) autonome de la sphère financière. Pour autant, au-delà du court terme, cette déconnexion est illusoire. Et les crises d’origine financière sont là pour nous le rappeler à travers les effets réels qu’elles induisent : faillites, licenciements,… Tout cela pouvant devenir dramatique. Si j’ai bien compris, il n’existe pas en France d’équivalent des crédits subprimes. Mais il existe les LBO. Les LBO concernent des opérations risquées entre des banques et des entreprises non cotées en bourse (cf. ci-dessous.) Effectivement, si ce type de financement  se développait davantage, il porterait en lui un risque potentiel élevé.    Sur le rôle moteur que pourrait jouer l’Union européenne ou la zone euro, tu as probablement raison, un moteur suralimenté par l’endettement pourrait produire des effets analogues. Cela étant, l’économie européenne (UE ou ZE) est une grande économie (donc plus fermée que les économies qui la composent) et à ce titre elle dispose des moyens d’une relance interne importante. De plus, le retard durable de la croissance économique européenne par rapport à son potentiel (notamment dans la ZE) laisse de la marge avant que ne se manifestent les risques d’excès d’endettement et tout les effets pervers qui peuvent en découler. La zone euro est bien plus éloignée de sa frontière technologique que les Etats-Unis. Donc,… Quant au protectionnisme, je ne crois pas que ce soit la solution, vraiment pas. Et puis comme je l’indiquais, tout à l’heure, une grande économie est de facto plus protégée qu’une petite parce qu’elle est moins ouverte.                                                                                                                                                                En fait, l’essor des opérations de capital investissement ou private equity dans l’évolution capitalistique des entreprises et des groupes en Europe, a favorisé l’essor des LBO.  Le capital investissement désigne l’ensemble des opérations en fonds propres ou quasi fonds propres dans des sociétés non cotées en bourse, et cela quel que soit leur stade de développement. « Le capital investissement peut  prendre plusieurs formes selon qu'il intervient à la naissance de l'entreprise (capital risque), à son décollage (capital développement) ou à sa maturité (capital transmission).                                                                                                                                           LBO et capital transmission : « C'est dans le cas du capital transmission que les opérations ont connu un essor remarquable sur la période récente avec les opérations de LBO qui offrent des opportunités importantes de création de valeur. Le capital transmission implique l'intervention d'investisseurs extérieurs. L'opération la plus courante étant le rachat avec effet de levier, appelé LBO (Leveraged buy ouf). Lorsque l’acheteur provient de l'entreprise elle-même, on parle de LBI ou Leveraged buy in. Cette opération consiste à racheter la société avec un apport limité en fonds propres assorti d'une dette au moins équivalente. Le remboursement de la dette se fait via l'activité de l'entreprise. En d'autres termes, une société holding se constitue et s'endette pour racheter l'entreprise. Les flux de trésoreries de cette dernière sont ensuite rapatriés vers la holding sous forme de dividendes qui lui permettront alors de payer les intérêts et de rembourser la dette. Dans le contexte actuel où les trésoreries des entreprises sont restaurées et les bilans assainis, les opportunités de LBO peu risquées fleurissent. Elles se révèlent d'autant plus attractives que les taux d'intérêt sont bas, bien que majorés de primes de risque. Les banques apprécient particulièrement ce type d'opérations : d'une part, parce qu'elles s'octroient des commissions de montage confortables (environ 2 % du prix de l'acquisition), d'autre part, parce qu'elles pratiquent des taux d'intérêt supérieurs à ceux qu'elles accordent aux industriels (environ 175 points de base en plus, les risques liés aux LBO étant jugés plus grands). De sorte que certains évoquent le risque d'une bulle d'endettement dans le sens où les prêts seraient accordés un peu trop facilement par les banques, ces dernières finançant parfois des opérations de LBO, à hauteur de 80 %, par l'endettement. Conscientes de ce risque, certaines banques revendent d'ailleurs une partie de leurs créances sur le marché de la dette à des investisseurs à la recherche de forts rendements (fonds spéculatifs). » « Les entreprises françaises en 2005 », Chrsitian de Boissieu, Carole Deneuve

A Lire

Banque de France La Crise de la Dette Souveraine Juin 2012 BIS BRI 82e Rapport annuel 2011 2012