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  • David Mourey
  • Professeur d'Economie et de Sociologie

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au SENAT, Banque de France, ..., Pontault-Combault
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2 décembre 2007 7 02 /12 /décembre /2007 17:16
 
Dans un article récent publié mercredi 28 novembre  2007 par le quotidien « Le Monde » et intitulé « Inégalités : l'horizon de faible espérance », Jean-Paul Fitoussi montre que le débat actuel sur le pouvoir d’achat est un symptôme et une illustration d’un mal plus profond, celui d’un « horizon de faible espérance ».
 
« Inégalités : l'horizon de faible espérance »
 
Cette mise en perspective dans le long terme des contraintes du court terme permet de mieux comprendre les causes fondamentales de notre problème de pouvoir d’achat.
 
Or, c’est bien en évitant de confondre les symptômes de la maladie et la maladie elle-même qu’il est possible de vaincre le mal. Dans le cas contraire, celui de la confusion, on peut faire disparaître temporairement le symptôme et avoir l’illusion du succès sans pour autant remédier durablement au problème dont la réapparition ne saurait tarder.
 
Jean-Paul Fitoussi établit un lien entre la dynamique des inégalités et l’évolution du pouvoir d’achat.
 
Lutte contre les inégalités et pouvoir d’achat
 
« La mère de toutes les batailles sociales étant le combat contre les inégalités, notre défaite collective dans cette lutte résume toutes les autres. »
 
Croissance des inégalités intranationales
 
Il convoque le dernier rapport  du Fonds monétaire international (FMI) » qui «  établit sans conteste que la croissance des inégalités intranationales, quel que soit le niveau de développement des pays du monde, fut dans les dernières décennies un phénomène universel, à quelques rares exceptions près. »
 
C’est la combinaison de trois phénomènes de long terme, la globalisation commerciale, la globalisation financière et le progrès technique qui permet d’expliquer l'accroissement quasi universel des inégalités intranationales.
 
Quelles en sont les conséquences ?
 
Dans une société ahistorique et fluide :
respect des capabilités
 
« Dans un monde ahistorique, où la diversité des conditions initiales des individus n'emporte aucun effet, où le passé ne détermine ni le présent ni l'avenir, les inégalités sont un puissant moteur du progrès économique et social. C'est le monde parfait de la théorie des marchés où les inégalités du présent n'empêchent en rien l'égalité des destins. Dans cette vision ahistorique, les inégalités et leur croissance sont les moteurs puissants d'une mobilité sociale ascendante, les marqueurs de nouvelles opportunités. »
 
Dans le contexte d'une société fluide, la croissance des inégalités trouve toute sa justification dans la mesure ou elle est le moteur de la mobilité sociale ascendante. Les capabiltés sont respectées. Chacun peut concevoir et accepter un certain degré d’inégalités et éventuellement un creusement de celles-ci tant qu’il pense sérieusement que ses chances d’améliorer sa situation relative et ou absolue sont réelles, effectives.
 
Selon Amartya SEN, dans la partie « La liberté individuelle : une responsabilité sociale» de l’ouvrage « L'Économie est une science morale », pages 64 et 65, « De la liberté par rapport aux moyens de la liberté », « La liberté de mener différentes sortes de vies correspond exactement à l'ensemble formé par différentes combinaisons de fonctionnements humains, ensemble en lequel une personne est à même de choisir sa vie. C'est ce qu'on peut appeler la « capabilité » de la personne. La « capabilité » d'une personne dépend de nombreux éléments qui comprennent aussi bien les caractéristiques personnelles que l'organisation sociale. La responsabilité de la société à l'égard de la liberté individuelle impose qu'on attache de L'importance à l'accroissement des « capabilités » dont disposent réellement des personnes différentes. Et le choix de l'organisation sociale doit être fait en fonction de sa capacité à promouvoir les « capabilités » humaines. »
 
Dans une société historique bloquée :
absence ou manque de capabilités
 
Dans notre monde non idéal, il existe des obstacles à la réalisation des capabilités : « obstacles à l'éducation, à la formation et à l'investissement personnel, en raison notamment du rationnement du crédit. » Quand le passé et donc les conditions initiales redeviennent déterminants du futur des individus, les perspectives d’avenir de chacun s’assombrissent. Quand l’avenir se conjugue au passé, il ne peut y avoir de projet, il ne peut y avoir de progrès.
 
La mobilité sociale est freinée car désormais, on n’a pas ce qu’on mérite mais on n’a ce qu’on hérite.  C’est bien la transmission du capital social, culturel, financier et patrimonial qui va permettre aux individus de mener à bien leurs projets.
 
En l’absence du respect du principe des capabiltés, « les opportunités que créent les nouvelles inégalités ne peuvent alors être saisies que par ceux qui bénéficient de conditions déjà favorables. »
 
L’égale liberté de pouvoir mener ses projets n’est pas respectée. Seuls ceux qui possèdent déjà, qui cumulent déjà les avantages peuvent choisir un avenir. Les autres ne pourront que subir un futur qui s’imposera, qu’ils le veuillent ou non.
 
« Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle »
 
Charles BAUDELAIRE (1821-1867) dans un Recueil : « Les fleurs du mal », écrivait :
 
« Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle
Sur l'esprit gémissant en proie aux longs ennuis,
Et que de l'horizon embrassant tout le cercle
Il nous verse un jour noir plus triste que les nuits »
 
 
En repensant à ces célèbres et magnifiques vers, j’ai envie d’écrire en toute modestie ceci :
 
« Quand le ciel bas et lourd des inégalités persistantes
pèse comme un couvercle
Sur l’esprit gémissant
de ceux qui n’ont pas d’avenir à construire et qui sont donc
en proie aux longs ennuis
liés à un passé qu’ils traînent comme un boulet,
Et que de l'horizon
des figures possibles
embrassant tout le cercle
des opportunités potentielles
Il nous verse un avenir noir
plus triste que les nuits passées »
 
Autrement dit, « Les inégalités d'aujourd'hui aggravent alors les inégalités de destin, en un mouvement cumulatif insoutenable socialement. » Ou encore, les inégalités d’hier déterminent les positions sociales d’aujourd’hui et l’absence de perspective pour demain. Une telle dynamique nous conduit bel et bien vers un « un horizon de faible espérance » selon la belle formule de Jean-Paul Fitoussi.
 
Dynamique inégalitaire et pouvoir d'achat
 
« Un symptôme de cette évolution vers "un horizon de faible espérance" est illustré par le débat actuel sur la mesure du pouvoir d'achat. L'indice des prix, qui par définition est une moyenne, ne rendrait pas bien compte de l'évolution du pouvoir d'achat, notamment des populations les plus défavorisées. Il conviendrait d'en créer une pluralité pour mieux refléter son évolution par catégorie. Pourquoi pas ? Mais si le problème se pose en ces termes aujourd'hui, c'est que l'on suppose implicitement que le passage d'une catégorie à l'autre devient de plus en plus difficile, et surtout que la probabilité d'une augmentation du pouvoir d'achat par augmentation des revenus et des salaires devient de plus en plus faible. »
 
Le débat actuel sur le pouvoir d’achat serait aussi intense car les perspectives de progression salariale seraient si faibles pour la plus grande partie des salariés que le seul moyen de voir son revenu réel (son pouvoir d’acheter des biens et services en quantités et en qualités croissantes augmenter pour mieux satisfaire ses besoins) serait d’obtenir des baisse de prix, éventuellement des ralentissements conséquents de l’inflation.
 
« Dans le contexte d'une société bloquée, la croissance des inégalités perd donc l'essentiel de sa justification, puisqu'elle n'est plus le moteur de la mobilité sociale ascendante. » (…) « De surcroît, (…) Il pourrait en résulter une (...) société (…) encore moins dynamique, encore plus fragmentée. »
 
Non seulement, la dynamique observée des inégalités réduit, voire détruit les perspectives d’avenir, mais de surcroît, cette dynamique, si elle persiste, va rendre les conditions de  vie et les perspectives des générations futures encore plus sombres. Si la société devient encore moins dynamique, on risque d’entrer dans l’ère du « développement durable à rebours »…
 
Dynamique des inégalités et développement durable
 
La notion de développement durable proposée par le Rapport BRUNDTLAND en 1987 pose que
« Le développement durable est un développement qui permet aux générations présentes de satisfaire leurs besoins sans compromettre la capacité des générations futures de répondre à leurs propres besoins. »
Le développement durable est donc un développement qui permet de répondre aux besoins du présent sans compromettre la satisfaction des besoins du futur. Il implique une forme de solidarité entre les générations. 
 
Etant donné la dynamique observée des inégalités, notre mode de développement pourrait compromettre la capacité des générations futures à satisfaire leurs propres besoins. Dans cette perspective, il ne serait pas durable, il risquerait de conduire à un moindre développement humain des générations de l’avenir…
 
On est encore plus éloigné d’une conception plus exigeante du développement durable au sens d’AMARTYA SEN (Prix Nobel d'économie en 1998), lequel se fondant sur une remarque de l'économiste Robert SOLOW (Prix Nobel en 1988) a formulé de façon plus précise l'idée du développement durable en insistant sur l'obligation de laisser à la génération suivante « tout ce qu'il faut pour atteindre un niveau de vie au moins aussi bon que le nôtre et que celle-ci veille à la même chose pour la génération qui la suit ». 
 
Certes, nous dit Jean-Paul Fitoussi, l'investissement dans l'éducation et notamment dans l'enseignement supérieur et la recherche serait des plus favorables à la croissance si et seulement si, « il était accompagné des mesures nécessaires à remettre en marche la mobilité sociale ascendante, c'est-à-dire une dynamique de progrès social », dynamique propice au développement durable.
 
A consulter :
 
 
 
 
 
 
  
 
 
 
 
Published by David MOUREY - dans Egalité et Equité
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commentaires

Aalexandre 05/12/2007 10:15

Bonjour David,très bonne mise en perspective des travaux de Sen avec une réflexion toute aussi intelligente de JP Fitoussi.Il est toutefois important de noter que si Sen reconnait que certaines inégalités sont justifiables ce n'esst que si elles permettent de réduire les inégalités de capabilités. Une différence de traitement est donc tout à fait justifiable, comme le notait également J. Rawls avec son principe de différence, si celui-ci permettait d'offrir à tous les opportunités de réaliser les modes de vie qu'ils souhaite.Or c'est bien le principal problème aujourd'hui. On traite toutes les inégalités comme inacceptables...sans se poser la question de ce qu'il faut chercher à égaliser. C'est la raison pour laquelle les débats concernant l'égalitarisme et quelle égalité sont encore aujourd'hui très pertinentes...

David MOUREY 05/12/2007 11:51

Bonjour Alexandre. Mais je suis tout à fait d'accord avec cela Alexandre. La question de SEN "l'égalité de quoi?" reste tout à fait d'actualité et l'approche par les capabilités que tu maitrises bien ouvre de nouvelles perspectives....

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