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  • David Mourey
  • Professeur d'Economie et de Sociologie

Depuis 2005, Organisation et Animation :
Conférences Pédagogiques
Débats Publics
Colloques d'Economie, Monnaie, Finance ...
au SENAT, Banque de France, ..., Pontault-Combault
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Les « Rencontres économiques » pour tous, lycéens, étudiants, citoyens !

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Des Initiatives de David MOUREY

9 décembre 2007 7 09 /12 /décembre /2007 08:47
 
L’écart persistant de croissance entre les Etats-Unis et les pays de la zone euro suscite la curiosité des économistes depuis au moins la fin des années 1990.
 
Progrès technique ou démographie ?
 
L’explication la plus répandue repose sur le constat d’un important retard technologique se traduisant par de moindres gains de productivité. Un autre argument, d’ordre démographique est avancé parMichel GODET, professeur au CNAM qui sera mon prochain invité dans le cadre des conférences pédagogiques à destination des élèves de terminale ES et de première ES des lycées de Pontault-Combault, Roissy-en-Brie et Ozoir-La-Ferrière. Selon Michel GODET, ce serait moins une retard technologique qu’un gap démographique qui contraindrait la croissance effective et la croissance potentielle de nos économies. Je ne vais pas m’étendre ici sur ces deux thèses. J’y reviendrai dans les jours qui viennent.
 
De la nature de la croissance économique
 
Je souhaite me concentrer davantage sur une typologie de la croissance proposée par l’historien des techniques Joël MOKYR dans son livre « The Lever of Riches », publié en 1992. Dans un article publié par le journal « Le Monde », le 10 septembre 2002, Daniel COHEN, qui est intervenu à Pontault-Combault le 15 mai 2006, s’interroge sur les causes profondes qui permettraient d’expliquer « Le déclin de l'Europe ? »
 
En 2002, et déjà au cours des années précédentes, il existait un consensus autour de l’argument selon lequel ce serait l’essor et la diffusion des NTIC (nouvelles technologies de l’information et de la communication) produites et développées aux Etats-Unis qui expliquerait les retards effectifs et potentiels de la croissance européenne. Ceci permet de comprendre la nature et le contenu de la stratégie de Lisbonne adoptée en 2000 dont la célèbre formule est rappelée en fin de texte.
 
Observateur minutieux des évolutions du taux de croissance et de la croissance elle-même, Daniel COHEN y voyait davantage « une différence de nature entre la croissance européenne et la croissance américaine. » S’appuyant sur une distinction proposée par Joël MOKYR, il en concluait que « la croissance européenne est mue par une logique « smithienne », du nom d'Adam Smith, l'auteur célèbre de « La Richesse des nations », tandis que la croissance américaine est mue par une logique «schumpetérienne», du nom de l'économiste austro-américain Joseph Schumpeter. »
 
De la « croissance smithienne »
 
Dans une logique «smithienne», la croissance d’une économie donnée, et la prospérité qui en découle, dépend étroitement de la taille de ses marchés.  Simultanément, la taille de ses marchés est liée à la division du travail.
 
De la division technique du travail …
 
La division technique du travail est une forme d’organisation du travail. Selon Adam SMITH, la division technique du travail est une division intra entreprise. Elle correspond à une répartition des tâches dans une entreprise entre des individus ou des groupes d’individus spécialisés dans des activités complémentaires. Il y a spécialisation, décomposition des tâches en éléments simples. La division technique du travail est donc d’abord un phénomène micro économique et micro social.
 
Selon le père de l’économie politique classique, les causes de l’essor de la division technique du travail sont à chercher du côté de la faiblesse de la productivité des travailleurs dans le cadre de l’ancienne organisation du travail, celle de l’artisanat, caractérisée par une mauvaise combinaison des facteurs de production.
 
Mais c’est en raison également de la « tendance naturelle à échanger » des hommes (et des femmes) que la division du travail se propage dans l’économie et la société.
 
PourAdam SMITH,  la division technique du travail se traduit de manière générale par une meilleure combinaison des facteurs de production. La division du travail en opérations élémentaires permet d’accroître considérablement la productivité des travailleurs pour les trois raisons suivantes avancées par SMITH lui-même : l’habilité des ouvriers augmente avec la décomposition et la répétition des taches,  la division du travail réduit les pertes de temps, la capacité accrue des travailleurs pour améliorer les machines qu’ils uilisent.
 
Ainsi, la division technique du travail permet d’obtenir des gains de productivité très élevés. Elle constitue un facteur puissant de croissance économique. Non seulement, elle permet une augmentation de la productivité du travail, mais elle favorise aussi une baisse des dépenses en salaire puisque le travail peu qualifié est privilégié. In fine, la division technique du travail favorise l’émergence de la croissance et donc l’élévation du niveau de la richesse nationale.
 
… à la division sociale du travail
 
Si Adam SMITH aborde explicitement la division technique du travail, en la nommant ainsi, on peut voir apparaître à la lecture de son ouvrage une autre forme de division du travail, la « division sociale du travail ».Chez Adam SMITH, cette division sociale du travail se situe au niveau de la société toute entière. C’est donc un phénomène macro-économique ou macro-social. La division sociale du travail correspond à une division des tâches entre entreprises et entre groupes sociaux.
Par exemple, la division de la société française en classes sociales (classe ouvrière, classe paysanne, bourgeoisie) implique des fonctions économiques et sociales différentes mais complémentaires. De manière analogue, la Société d’Ordre de l’Ancien régime se traduit par une division de la société et des fonctions sociales en trois Ordres que sont la Noblesse, le Clergé et le Tiers-état, ou encore, ceux qui prient, ceux qui combattent et ceux qui travaillent. 
 
La division sociale du travail  est fondamentalement liée à l’échange, au marché et donc à la main invisible. Les hommes ayant un penchant naturel à échanger afin de satisfaire leurs besoins. Cela favorise les spécialisations dans des productions différentes. La division sociale du travail  est une division inter-entreprises, entre savants, ingénieurs, ouvriers, …
 
Chez SMITH, la cause majeure de l’essor de la division sociale du travail est donc à chercher du côté dubesoin d’échanger (propension naturelle). L’économie de marché, par le biais de la main invisible, permettra de répondre avec efficacité à cette exigence.  Cette division sociale du travail implique une concurrence accrue,  la nécessité de réaliser des économies d’échelle afin de pouvoir baisser les prix unitaires…..
 
De la complémentarité entre division technique
et division sociale du travail
 
A ce point du raisonnement, on peut observer que ces deux formes de division du travail, division technique du travail et division sociale du travail,  sont en interaction. En effet, la spécialisation, au sens de la division sociale du travail, s’accompagne pour chacun de la possibilité et de la nécessité d’échanger le surplus de sa production sur sa propre consommation. La spécialisation génère des gains de productivité d’autant plus élevés que la division technique du travail  est importante. Ces gains de productivité tirent les coûts unitaires de production vers le bas. Les prix peuvent donc diminuer à leur tour, ce qui est favorable au pouvoir d’achat, et de facto à l’échange.
 
Division technique du travail et division sociale du travail combinent donc leurs effets de manière vertueuse pour faciliter les échanges. De surcroît, des économies d’échelle - réduction des coûts unitaires de production par étalement des coûts fixes sur une plus grande quantité produite - peuvent accentuer le processus de baisse des prix quand la taille du marché augmente. Autrement dit, la combinaison division technique du travail et division sociale du travail provoque l’occurrence de rendements d’échelle croissants, en vertu desquels la quantité produite croit plus rapidement que la quantité de facteurs de production utilisés. Ce que rapporte la quantité produite augmente plus vite que ce que cette production coûte.
 
On en déduit, que la division du travail, au sens de la combinaison des deux formes de division du travail présentées, s’accompagne ipso facto d’un accroissement de la taille du marché et qu’en retour, la taille accrue de ce marché augmente et circonscrit les effets de la division du travail.
 
Division du travail et étendue du marché
 
Pour SMITH l’étendue du marché, si elle trop faible, peut être une contrainte forte pour la division du travail. En effet, plus le marché est grand, étendu, plus la demande potentielle est élevée et plus la capacité d’un agent économique à échanger le surplus de sa production sur sa propre consommation progresse. La division du travail devient favorable. A contrario, plus le marché est petit, réduit, plus la demande potentielle est faible et plus la capacité d’un agent économique à échanger le surplus de sa production sur sa propre consommation régresse …
 
Division internationale du travail, étendue du marché
et croissance économique
 
Dans un tel cadre de raisonnement, l’internationalisation des échanges par le biais de la mondialisation, de l’intégration régionale et/ou de la régionalisation, est un moyen d’agrandir la taille du marché. La demande potentielle et échangeable est plus importante. On en déduit clairement que la quantité demandée apparaît comme une limite à l’écoulement de la quantité offerte. L’offre ne crée donc pas, de facto, sa propre demande ainsi que le suggère la loi de Say. Mais grâce aux effets vertueux de la combinaison division technique du travail et division sociale du travail, quantités offertes et demandées  ont toutes les chances de coïncider car les gains de productivité, en se traduisant par une baisse des coûts unitaires de production, des prix de vente, et une hausse des salaires, améliorent la capacité à échanger.
 
Dans ce type d’économie, ou la taille des marchés augmente, c’est par l’intermédiaire du mécanisme « magique » de la main invisible que cette quantité accrue de biens à échanger va pouvoir s’échanger effectivement.
 
Division du travail, échange et main invisible
 
PourAdam SMITH « Chaque individu s’efforce d’utiliser son capital de telle manière que la valeur de son rendement soit le plus grand possible. Généralement, il n’a plus du tout l’intention de promouvoir l’intérêt public, pas plus qu’il n’a d’idée de la mesure dans laquelle il est en train d’y contribuer. Ses seuls objectifs sont sa propre sécurité et son gain personnel. Et dans cette affaire, il est conduit par une main invisible à poursuivre une fin, ce dont il n’avait absolument pas l’intention. Il arrive fréquemment, qu’en recherchant son intérêt propre, il favorise beaucoup plus celui de la société que lorsqu’il a réellement l’intention de le promouvoir. »
Adam SMITH, Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, 1776
 
La main invisible désigne le mécanisme par lequel dans une économie de marché les décisions individuelles (« égoïstes », ici) et décentralisées conduisent, sans que personne ne l’ait recherché, à la réalisation de l’intérêt général. Dans l’échange, chacun cherche d’abord à satisfaire ses propres besoins. Sans le vouloir, chacun participe néanmoins à la satisfaction des besoins des autres. Quand l’égoïsme rationnel conduit à l’altruisme et donc au « bonheur » collectif…
 
On observe qu’à la lumière de la métaphore de la main invisible, le marché apparaît comme une entité désincarnée permettant de faire coïncider la somme des intérêts individuels avec l’intérêt collectif. Dans une économie de marché, aucun individu, ou aucune organisation n’est tenu de résoudre le problème de la convergence entre des intérêts qui pourraient être divergents. Et dans une telle économie, chacun a d’autant plus de chances d’échanger qu’il est spécialisé, du fait de l’approfondissement de la division du travail.
 
En résumé, selon les thèses développées par Adam Smith, on peut mettre en évidence une cercle vertueux entre accroissement de l’étendue du marché et approfondissement de la division du travail, ou des spécialisations intra et inter entreprises. Non seulement, un grand marché favorise une division du travail efficace entre les personnes, entre les entreprises, mais il se traduit également par une division du travail accrue au sein des entreprises, la division technique du travail. Cet ensemble vertueux d’interactions favorise donc la croissance de la production, de la demande, de l’échange, donc la croissance économique.
 
Le marché, la division du travail et la croissance européenne
 
Pour Daniel COHEN, par analogie avec le raisonnement de SMITH, ce serait davantage aujourd’hui d’une division sociale du travail au sens des spécialisations entre les régions d'une même économie, qui serait source de prospérité. L'Europe s’inscrirait clairement dans cette logique. « Le grand marché européen favorise les regroupements, rationalise les tâches à l'échelle du continent. » La taille accrue du marché intérieur viendrait alimenter des rendements d’échelle croissant sources d’économies d’échelles…
 
Il est donc possible, pour une grande économie comme celle de l’Europe, de parvenir à un taux de croissance plus élevé en adoptant une stratégie de type smithienne, dans le cadre de laquelle plus le marché est grand et profond, et plus la prospérité peut se diffuser à l’ensemble de l’économie.
 
Mais, si cette stratégie de croissance est efficace transitoirement, il semblerait qu’elle vienne inévitablement buter sur une frontière des possibilités de production, étant donné que l’économie ne disposerait pas et ne développerait pas les moyens de repousser sa frontière technologique, source d’une croissance potentielle et effective plus élevée et plus durable.
 
De la « croissance schumpetérienne »
 
Une croissance de nature schumpetérienne serait alors la réponse adaptée aux limites inhérentes à une croissance de nature smithienne. La croissance «schumpetérienne» est une croissance fondée sur l’innovation. Sans entrepreneur innovateur, il n’y a pas d’innovation et sans innovation, l’économie est stationnaire. La dynamique de l’économie repose sur le dynamisme de l’innovation selon Joseph SCHUMPETER.
 
A la différence des néoclassiques dont l’analyse est statique et repose sur le modèle d'équilibre général et la concurrence pure et parfaite,Joseph SCHUMPETER analyse la dynamique du capitalisme comme un système dans le quel les firmes sont en concurrence pour dominer les marchés. Cette domination est à la fois autorisée temporairement, mais elle est aussi perpétuellement sous la menace de l'innovation  des concurrents effectifs et ou potentiels. Le marché doit être contestable ou discutable au sens ou, dans la mesure ou la concurrence n’y est pas effective, elle y est au moins potentielle en vertu du respect de la condition de libre entrée sur le marché considéré d’un nouveau concurrent.
 
Joseph SCHUMPETER est le premier économiste majeur à avoir centré son analyse sur la croissance économique et ses causes. La principale étant l’innovation. Il a mis le « progrès industriel »  au cœur du changement économique et social : «  L'impulsion fondamentale qui met et maintient en mouvement la machine capitaliste est imprimée par les nouveaux objets de consommation, les nouvelles méthodes de production et de transport, les nouveaux marchés, les nouveaux types d'organisation industrielle - tous éléments créés par l'initiative capitaliste »..
 
De l’entrepreneur innovateur aux entrepreneurs-imitateurs
 
L'analyse schumpéterienne de la croissance ne repose pas seulement, sur le processus d’innovation qui est un processus de destruction créatrice. SCHUMPETER insiste sur le rôle clé de l’entrepreneur. C’est lui qui prend le risque de lancer un nouveau produit ou une nouvelle façon de produire, et ce n’est que dans le cadre d’une structure de concurrence temporairement monopolistique qu’il peut réussir son pari. L'entrepreneur shumpeterien est un personnage hors du commun doté de qualités exceptionnelles et dont l'action risquée permet l’innovation et son cortège de conséquences vertueuses.
 
SCHUMPETER distingue deux catégories d'entrepreneurs. Il y a d’une part l'entrepreneur-innovateur qui va prendre les plus gros risques en introduisant l'innovation. C'est lui qui réalisera le plus de profits, s’il réussit. Il y a d’autre part, les entrepreneurs-imitateurs qui sont attirés par le profit du premier et qui vont suivre la voie tracée par l'innovation d’origine.
 
Du rôle des grappes d’innovation
 
SCHUMPETER précise que les innovations arrivent par grappes et se diffusent dans ces conditions dans l’ensemble de l’économie. Les entrepreneurs innovateurs et imitateurs arrivent en groupes. Cette diffusion provoque des variations cycliques de l’activité économique. Ce processus de diffusion des effets vertueux de l’innovation n’est possible que dans la mesure ou un effet de synergie permet aux innovations majeures d’entraîner dans leur sillage un ensemble d’innovations mineures. Il doit y avoir une véritable rupture technologique avec le processus de production précédent et/ou le produit précédent pour que la première vague d’innovation soit suivie d’une seconde vague, puis d’une suivante, …
 
Le capitalisme est dynamique parce qu'il prend appui sur une classe sociale - la bourgeoisie, la classe des entrepreneurs – lesquels attirés par l'importance de la récompense potentielle vont être capables de prendre de gros risques. Le risque de gagner gros s’accompagnant automatiquement de celui de perdre gros. Ce sont ces entrepreneurs, parieurs et joueurs, qui renouvellent profondément et régulièrement les processus de production, créent de nouveaux produits et menacent les situations acquises du type rente de monopole. Le capitalisme est donc propice à une dynamique qui est à l'origine de la croissance économique : «  Le rôle de l'entrepreneur consiste à réformer ou à révolutionner la routine de production en exploitant une invention ou, plus généralement, une possibilité technique inédite ». Autrement dit, le progrès dans les économies industrielles est porté par des innovateurs qui cherchent à gagner le gros lot.
 
 
La motivation individuelle aiguisée par le gain possible
et le rôle du crédit
 
«  Des gains impressionnants, beaucoup plus élevés qu'il n'aurait été nécessaire pour provoquer tel ou tel effort spécifique, sont jetés en pâture à une faible minorité de gagnants et, du même coup, impriment une impulsion beaucoup plus puissante que ne l'aurait fait une répartition plus égalitaire et plus "juste" à l'activité de la grande majorité des hommes d'affaires qui, en retour de leurs initiatives, ne reçoivent qu'une rémunération très modeste, sinon rien ou moins que rien, mais qui néanmoins s'évertuent au maximum parce qu'ils ont les yeux constamment fixés sur les gros lots et surestiment leurs chances de réussir aussi bien que les gros gagnants. De même, les sanctions du système sont dirigées contre l'incompétence. Mais, bien que les hommes non qualifiés et les méthodes désuètes soient effectivement éliminés (...), la faillite menace également ou même engloutit plus d'un homme capable et, par suite, ce risque immanent tient en haleine tous les entrepreneurs et agit, à son tour, beaucoup plus efficacement que ne le ferait un système à pénalités plus égalitaire et plus "juste » Joseph SCHUMPETER
 
La motivation individuelle est primordiale, et c’est bien le gain espéré qui génère l'innovation. Mais l'entrepreneur doit pouvoir emprunter car il ne dispose pas de ressources financières suffisantes à la prise de risque initiale. Dès lors que l’épargne accumulée est insuffisante, la création monétaire par le biais du crédit est nécessaire. Ce constat, ancien, nous rappelle la bulle technologique de la fin des années 90 et du début des années 2000 dot le gonflement a été alimenté par le crédit facile, en raison d’une politique monétaire excessivement expansionniste, sans oublier les comportements « exubérants et irrationnels » des acteurs des marchés.
 
Mais d’où vient l’innovation monsieur SCHUMPETER ?
 
La principale faille à l’analyse du processus d’innovation proposée par SCHUMPETER réside dans l’absence d’explications sur les origines des grandes vagues d’innovation qui rythment les cycles économiques. Où les innovateurs vont-ils puiser leurs idées afin d’innover ? Schumpeter explique le processus de diffusion de l’innovation mais n’explique en rien l’origine du processus. 
 
La croissance européenne et la stratégie de Lisbonne
 
La croissance «schumpetérienne», assise sur l’innovation, fut longtemps à la base de la croissance européenne. Désormais, c’est la croissance américaine qui est portée par l’innovation. Pour autant, la nature de la croissance peut changer dans le temps, donc rien n’est définitif. En outre, on peut mettre en évidence des effets de synergie entre croissance «schumpetérienne» et croissance «smithienne».
 
La croissance de type schumpetérienne, on le comprend, n’a pas de limite. Sauf à considérer que l’imagination, l’inventivité, la capacité à prendre des risques économiques est limitée. Mais comme tel ne semble pas être le cas, l’avenir de la croissance (les perspectives d’une croissance soutenue et durable) ne peut résider que dans la recherche et la mise en œuvre d’un processus d’innovation très dynamique, porté par la recherche-développement (RD).
 
On comprend mieux les objectifs que se sont assignés les pays européens à Lisbonne en 2000.
 
« Devenir l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde, capable d’une croissance économique durable accompagnée d’une amélioration quantitative et qualitative de l’emploi et d’une plus grande cohésion sociale », « dans le respect de l’environnement ». L’objectif environnemental a été ajouté en juin 2001 au Conseil européen de Göteborg.La « stratégie de Lisbonne »ayant été adoptée au Conseil européen du même nom les 21 et 22 mars 2000.
 
Comment ne pas souscrire à une stratégie économique, sociale et environnementale visant à assurer simultanément la croissance, la productivité, la cohésion sociale et le développement durable ? La stratégie de Lisbonne se présente comme la réalisation d’une utopie contemporaine, celle de la fin des arbitrages politiques entre économie, social et environnementale. Malheureusement, ces arbitrages ont la vie dure et nous en apercevons en observant nos résultats relativement aux objectifs 7 ans plus tard.
 
La question qui se trouve posée au cœur de cette stratégie est bien celle de sa cohérence. La stratégie de Lisbonne rencontre un double problème de cohérence. Un problème de cohérence entre les différents objectifs à atteindre et un problème de cohérence entre les objectifs fixés et les moyens déployés. « Sans cette double cohérence, « Lisbonne » n’est au mieux qu’un vœu pieux, au pire le discours un peu ampoulé qui sert à légitimer les « réformes structurelles » sociales dont les peuples d’Europe ont bien du mal à apprécier la nécessité. » Il ne suffit pas d’avoir des objectifs et de les clamer haut et fort, encore faut-il se donner les moyens adéquats pour les atteindre.
 
De la complémentarité des formes de la croissance économique
 
La prise de conscience des limites inhérentes à la « croissance smithienne » et des avantages à long terme de la « croissance schumpetérienne », ne peut nous conduire à renoncer à tout projet d’essor basé sur une croissance de type smithienne quand les conditions de celle-ci sont réunies. De surcroît, « Rien n'empêche en théorie de combiner les bénéfices d'une croissance «smithienne» et d'une croissance «schumpetérienne». Ce n'est pourtant pas la même chose d'utiliser des techniques existantes et d'en rationaliser l'usage sur le territoire le plus vaste possible et de chercher à innover sur un marché donné. » Selon MOKYR, nous rappelle Daniel COHEN, la croissance « smithienne » peu fondée sur l’inventivité, l’innovation,  s'essouffle et le déclin est inévitable. En revanche, la croissance « schumpetérienne » portée par l’innovation est constamment relancée par de nouvelles grappes d’innovation.
 
Aujourd’hui n’est pas le reflet d’hier et
ne préfigure pas forcément le futur
 
Si on observe l’histoire de l'Europe du XIXe siècle et du début de XXe siècle, on ne peut en conclure que l’Europe est  culturellement moins innovante que les Etats-Unis. « L'Europe était «schumpetérienne» au XIXe siècle : on lui doit la machine à vapeur et le moteur à explosion. C'est l'Amérique qui était alors «smithienne», préoccupée d'abord par la création de son marché intérieur. »
 
Sur la croissance chinoise de ce début de 21ème siècle
 
Dans le cadre de la distinction proposée par Joël MOKYR, la croissance chinoise serait plutôt de nature smithienne dans la mesure ou l’imitation, l’agrandissement de la taille du marché et le rôle des facteurs quantitatifs priment sur la capacité d’innovation. On en déduit que la croissance chinoise ne restera soutenue durablement que dans l’hypothèse ou elle transiterait vers une croissance de nature schumpetérienne, portée par le progrès technique et les innovations de manière générale.
 
Affaires à suivre donc…
 
 
A consulter :
 
 
«LA STRATÉGIE DE LISBONNE» ENGLUÉE DANS LA TACTIQUE DE BRUXELLES, Lettre de l’OFCE n° 259 Mercredi 23 mars 2005 
 
 
 
 
La crise des subprimes  et ses ricochets sur le système bancaire mondial ont jeté un froid sur les perspectives de croissance...
 
 
 
 
 
 
Laurence Boone 10 Septembre 2007
A comme acteurs, B comme banques centrales, C comme crise et contagion : tenants et aboutissants de la crise du subprime.
 
 
 
 
 
Le Monde, Débat avec Jean Paul Fitoussi,  président de l'OFCE,  mardi 11 septembre 2007 à 15 h00.
 
 
 
 
 
 
Published by David MOUREY - dans Croissance économique
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commentaires

Ozenfant 12/12/2007 11:01

David,
J'espère que tu vas me "pardonner", j'ai commis un crime de léze macro-économie:

Le patron d'EADS, Louis Gallois, a été on ne peut plus clair : "Nous allons être obligés de faire fabriquer des pièces d'avion, des portes, des éléments de fuselage, des éléments d'ailes, à l'extérieur de l'Europe". Le but est de faire pièce à la surévaluation de l' € à + ou - 1,5 $ qui plombe la compétitivité de l'avionneur européen face à son rival américain Boeing. Les techniciens du site d'assemblage de Colomiers , ont le moral dans les chaussettes. La Sopymep, PME d'usinage à Colomiers, qui dépend à 35 % des commandes d'Airbus, a perdu une partie de sa charge de travail sur les trappes de train. Studec autre société de deux cents salariés, spécialisée dans les études a ouvert une succursale en Inde. Délocalisations: Cela semble être le mot d'ordre pour l'industrie aéronautique française (et pas seulement pour elle).
MAIS TOUT CELA NE COMPTE PAS CE N’EST QUE DE LA MICRO-ÉCONOMIE: N’est-ce pas Mr les économistes ! La suite: AIRBUS: Les "économistes" ont gagnés, EADS délocalise ! http://blog-ccc.typepad.fr/blog_ccc/2007/12/airbus-les-cono.html#comments

(Posté aussi chez OOB)

David MOUREY 12/12/2007 14:40

Bonjour Ozenfant, tu craques ou quoi ? Je vais être clair. Pour moi, la distinction entre analyse microéconomique et analyse macroéconomique est utile dans la mesure ou cela permet d’envisager sous des angles différents les phénomènes économiques. Mais la « réalité économique » est simultanément microéconomique et macroéconomique. Les deux approche sont, in fine, inséparables. Il n’y a que les méthodes, et les résultats (parfois) liés à ces méthodes pour les séparer. Bref venir me dire que je privilégie l’approche macroéco à l’approche microéco n’est pas juste.
 

Voir billet suivant : « Microéconomie ou macroéconomie ? »
 

A Lire

Banque de France La Crise de la Dette Souveraine Juin 2012 BIS BRI 82e Rapport annuel 2011 2012