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  • David Mourey
  • Professeur d'Economie et de Sociologie

Depuis 2005, Organisation et Animation :
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Colloques d'Economie, Monnaie, Finance ...
au SENAT, Banque de France, ..., Pontault-Combault
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4 novembre 2009 3 04 /11 /novembre /2009 13:18

Les pompiers ne sont pas contents. En effet ceux qui ont pris des risques pour secourir récemment un spéléologue, coincé dans une grotte dans la Drôme, estiment que le contribuable n'a pas à payer pour sa négligence. Et pour la première fois, un service départemental d'incendie et de secours a déposé plainte contre le spéléologue secouru, lui reprochant d'avoir «mis en danger» les sauveteurs.

 

Visiblement les pompiers en ont marre que d’une part des conduites à risques les mettent in fine en danger et que d’autre part la gratuité des secours incite des preneurs de risque à jouer avec le feu. Bon ici, il s’agissait davantage d’eau …

 

Dans le cas présent, le sauvetage d'un spéléologue expérimenté a nécessité l'intervention de 17 sapeurs-pompiers et 55 sauveteurs, dont quatre plongeurs. Déjà, le 24 octobre dernier, les secouristes avaient récupéré ce spéléologue, parti cinq jours plus tôt et bloqué par une montée des eaux, sain et sauf dans une grotte à Bouvante. C'est son camarade qui avait donné l'alerte. Le Sdis a déposé plainte vendredi contre ces deux hommes leur reprochant notamment d'avoir «mis en danger» les sauveteurs par leur imprudence, au motif que les bulletins météo prévoyaient de fortes pluies.

 

L’économiste et l’aléa moral

 

Sur ces deux problèmes, l’économiste peut apporter des éclairages, si ce n’est des réponses.

Le premier problème posé est celui connu sous le nom d’aléa moral ou hasard moral.

 

Asymétrie d’information

 

En économie, les agents (personnes fictives et génériques) qui prennent des décisions, qui font des choix, se trouvent le plus souvent en situation d’asymétrie d’information au sens ou ils ne disposent pas tous des mêmes informations, ni de la même capacité à traiter ces informations pour prendre leurs décisions.

 

Ces asymétries peuvent induire des comportements non vertueux, des comportements ou l’intérêt des uns ne rejoint pas ceux des autres.

 

Antisélection et Aléa moral

 

Cette asymétrie d’information existe ex ante, ce qui est prévu - espéré au moment de la prise de décision, et ex post, ce qui est réalisé - constaté après le passage à l’acte.

Ex ante, l’asymétrie d’information prend la forme de l’antisélection. Ex post, l’asymétrie d’information prend la forme de l’aléa moral ou hasard moral.

 

C’est bien le second cas qui nous intéressent ici.

 

Le spéléologue, en situation d’aléa moral, est incité à prendre des risques inconsidérés puisqu’il ne sera pas le seul à être sanctionné par son inconscience et il a même toutes les chances d’être sauvé. Il peut s’attendre à ce que les pompiers viennent à son secours pour le sauver. De plus, il ne paiera pas la facture. Or, nous savons qu’en économie il n’existe pas e repas gratuits.

 

Il n’existe pas de repas gratuits !

 

L’aléa moral introduit ici une déconnexion entre le rendement privé et le rendement social de son activité.  Le rendement privé étant nettement supérieur au rendement social. Les risques qu’il prend initialement et volontairement conduisent à une prise de risque involontaire et excessive de la part de ses potentiels sauveteurs.

 

Il a certes un peu profité des bienfaits de sa passion, en revanche ceux qui le sauvent ne sont pas nécessairement dans le même cas. Ils n’aiment peut-être pas cela et ils sont obligés d’intervenir à leurs risques et périls, lesquels existent déjà sans que les rescapés aient pris des risques excessifs.

 

Conduite individuelle à risque et externalités négatives

 

La conduite individuelle à risque produit donc  ici une externalité négative, ou effet externe négatif. Des agents qui n’ont pas chois d’entrer dans la danse, sont forcés de danser au milieu des loups …, de prendre des risques non voulus.

 

De surcroit, au sens économique, le cout social en cas de risque réalisé sera nettement supérieur au cout privé. En effet, le principe de gratuité lorsqu’il est appliqué fait qu’il n’en coute rien au preneur de risque, en revanche son sauvetage va être payé par la société c'est-à-dire par ceux qui n’ont pas choisi cette activité.

 

On peut donc se demander jusqu’à quel point la société, le collectif, doit prendre en charge les conduites à risques individuelles et volontaires. Est-ce bien l’intérêt collectif ?

 

Problèmes de coordination des décisions individuelles

 

Comment résoudre ce problème de coordination des décisions individuelles entre agents économiques, ayant des intérêts et des devoirs différents voire divergents, surtout quand cela peut conduire à un risque collectif bien au-delà du seul risque privé ?

 

L’aléa moral pose donc de vraies questions à l’économiste et à la société.

Mais il reste plus facile de présenter les problèmes et leurs différents aspects que de les résoudre.

 

Comment mesurer le caractère volontaire de la conduite risquée ?

Quelle part du sauvetage doit incomber à l’individu, quelle part à la collectivité ?

Le fait que le risque privé soit payant va-t-il dissuader et dans quelle mesure les têtes brulées ?

Les pompiers et autres sauveteurs ne devront-ils pas prendre des risques, ce qui est souvent dans la nature de leur activité ?

 

On pourrait multiplier les exemples de conduite à fort aléa moral.

 

Lehman Brothers, Aléa moral et Risque systémique

 

On peut aussi se souvenir que ces problèmes d’asymétries d’information, et notamment d’aléa moral, se sont posés avec force en septembre 2008 lors de la faillite de la banque d’investissement Lehman Brothers. En effet, conformément à l’aléa moral, Lehman Brothers comme d’autres banques était à peu prés certaine d’être sauvée par les autorités en cas de difficultés majeures car étant « too big to fail » (trop grosse pour faire faillite) elle serait sauvée. Pourtant, les autorités publiques ont choisi de faire un exemple pour mettre un terme aux comportements avec aléa moral.

 

Bien mal leur en a pris car en faisant ce choix, elles ont aussi fait le choix du risque systémique, le risque que par effet domino de nombreuses banques fassent faillite.  Et c’est ce qu’il est advenu.

 

Il existe parfois un lien très étroit entre aléa moral et risque systémique ou l’alternative se résume à choisir entre le marteau ou l’enclume.

 

Comme quoi, résoudre un problème peut en provoquer un autre qui peut être pire.

Est-ce bien une solution ?

 

Dés lors, si la question de l’aléa moral doit être résolu pour les comportements du type spéléologues à risques, ne substituons pas à celui-ci un problème qui pourrait être pire. Sans être laxiste ou pessimiste quant à notre capacité à lutter contre l’aléa moral, prenons nos distances avec les discours qui ne se traduisent pas en actes cohérents et pertinents.

 

La question n’est pas de savoir s’il faut faire ou non. La question est comment faire ?

 

A suivre donc …

  

A consulter :

 

Intervention Publique et Crise Financière, c'est bon pour l'Aléa Moral


Après la Crise Financière : Comment sortir d'une récession ?


Dune bulle spéculative à la suivante


Les dangers de la « Finance de PONZI »


Panique Bancaire et Financière mondiale


Crise financière : excès de liquidités ou excès d'épargne ?


Mieux comprendre la finance pour éviter les crises financières


Mieux comprendre la finance pour éviter les crises financières (2)


De la crise financière, ... à la crise réelle ?


Les temps de la politique économiques


Attention : une crise financière peut en cacher une autre


Crise financière et Injection de liquidités



Published by David Mourey - dans Rationalité
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commentaires

SpeleoLolo 04/11/2009 19:08


L'honnêteté intellectuelle, voilà la qualité dont doit s'enorgueillir un travailleur de l'esprit. Gary VICTOR, écrivain haïtien

Bonjour,

comme je vous l'ai écrit par ailleurs, les pompiers n'ont rien à voir là-dedans ! Un petit chefaillon (le Président d'un SDIS, un élu du Conseil général de la Drôme, donc) a cru bon de lancer une
polémique, et il a réussi à se mettre à dos une partie des pompiers (mais à s'attirer la sympathie des célèbres "contribuables-français-floués" !). Ceux qui vont chercher les spéléos sous terre (et
même les non spéléos, promeneurs du dimanche en mal d'aventures, suicidés ou ratés, enfants (trop ?) hardis, animaux malchanceux, etc, puisque ces catégories représentent 2/3 des interventions !),
ce sont des spéléos, pas des pompiers ! Ils sont tous bénévoles (pas les pompiers !), s'entrainent tout naturellement en pratiquant leur activité (de loisirs) et complètent leur formation de
sauveteur en participant à des "exercices secours" organisés par les commissions secours de leur comité départemental (durant les week ends et leur temps libre). Les pompiers n'ont pas de
compétence pour agir dans le milieu souterrain, que seuls maitrisent les spéléologues. Parfois, les pompiers accompagnent les spéléologues sur quelques dizaines de mètres, mais en général, ils sont
plutôt mal l'aise dans ce milieu (à part ceux pour qui la spéléo est également une activté de loisirs, mais ne mélangeons pas tout).

Pour votre information, je vous invite à aller consulter le site de la Fédération française de spéléologie (http://www.ffspeleo.fr/), celui de sa commission spécialisée Spéléo secours français
(http://www.speleo-secours-francais.com/), ainsi que le communiqué de presse émis par la Fédération française de spéléologie comme suite aux attaques infondées du SDIS 26
(http://www.speleo-secours-francais.com/index.php?option=com_content&view=article&id=354&Itemid=178)

Nous vous saurions gré de bien vouloir avoir l'amabilité de consulter ces documents et d'apporter un rectificatif à votre article. Au nom de tous mes copains spéléos, je vous remercie par avance.



David Mourey 05/11/2009 12:37


D'abord, il faut se calmer un peu. Les réactions épidermiques ne sont pas propices à la doiscussion. Les réactions coporatistes non plus. Si on en reste là, l'aspect
intellectuel tend vers zéro. En fait, conformément à votre citation l'honneté intellectuelle commence d'abord par lire ou écouter autrui attentivement.
De plus, je cherche juste à montrer à partir d'un exmple bien particulier de comportement, que l'économiste peut apporter des éclairages.
Ensuite, si vous lisez tout le texte, vous voyez bien que ma position est nuancée.
Sauf à considérer que le seul fait d'imaginer que quelques spéléologues prennent des risques démésurés nous fait sortir de la nuance.
En été, sur les plages de l'océan atlantique, on rencontre le même problème.
Pour ma part, j'ai lu votre texte et je vous remercie pour l'info, mais cela ne change en rien la reflexion que j'ai mené.


A Lire

Banque de France La Crise de la Dette Souveraine Juin 2012 BIS BRI 82e Rapport annuel 2011 2012